Il y a plus de 3 000 ans, les Égyptiens parcouraient les zones marécageuses du delta du Nil pour y récolter un roseau appelé Cyperus Papyrus (papier). La tige est écorcée puis coupée en fines lamelles. Superposées puis martelées pour être aplaties, elles formeront une feuille qu'on laisse sécher sous un poids. Le rouleau s'obtient en collant bout à bout plusieurs de ces feuilles. Souple, résistant et ne buvant pas l'encre, le papyrus devint le support des célèbres hiéroglyphes et de l'ensemble des cultures méditerranéennes. Progressivement, son prestige s'étiole au profit du parchemin, et ce à l'aube de l'époque byzantine. De par sa solidité et la possibilité qu'il offrait d'écrire des deux côtés, ce matériau fabriqué en peaux d'animaux tannées - bœuf ou chameau pour ce qui est des Perses et des Hébreux, cuir de chevreuil chez les Mayas et les Aztèques - qu'on tendait, séchait puis polissait à la pierre ponce supplanta le papyrus. Il fut créé à Pergame, royaume hellénistique d'Asie mineure, au IIe siècle avant J.-C. On assemblait les feuilles de parchemin pour les documents officiels destinés aux archives et pour les textes sacrés. Ils étaient si précieux qu'on les enchaînait aux rayons des bibliothèques.
Le papier, lui, aurait été inventé par Cai Lun, un ministre de la cour impériale chinoise, au Ier siècle de notre ère. En observant les guêpes, il remarqua qu'elles arrachent des fibres de bambou, les ramollissent avec leur salive pour en fabriquer une bouillie. En séchant, celle-ci forme des cloisons très rigides. Ce qu'il fit en broyant des morceaux de bambous et de mûriers ; il obtint une pâte liquide, il la filtra et la laissa sécher. Ainsi naquit la première feuille de papier au monde. Pendant longtemps, la fabrication du papier resta secrète en Chine. Ce n'est qu'au VIIe siècle qu'elle parvint chez les Japonais, qui l'utilisèrent rapidement comme support de l'écriture. L'origami, art du pliage, en est la première utilisation comme matériau d'expression esthétique. L'événement décisif fut la bataille de Samarcande en 751, qui se traduisit par la défaite des Chinois. Les Arabes firent de nombreux prisonniers, parmi lesquels certains prétendirent être « papetiers ». Les vainqueurs comprirent vite l'importance de cette géniale invention, qui se répandit dans tout leur empire, jusqu'en Andalousie. Ils en améliorèrent la fabrication en utilisant des chiffons de chanvre, de coton et de lin ; et on trouve des moulins à papier en Espagne (Cordoue et Séville) à la fin du XIe siècle.
Après les Espagnols, ce sont les Italiens qui installèrent les premières fabriques de papier vers 1250. Puis le papier fut produit pour la première fois en Allemagne par Nuremberg en 1390. Après l'invention de l'imprimerie en 1445 par Gutenberg, il connut un essor extraordinaire. Jusqu'au début du XIXe siècle, le papier est fabriqué à la main. Les feuilles sont produites une à une à la forme, ce qui limite la quantité. Vers 1800, la première machine à papier apparaît près de Rouen ; une machine qui fabrique 80 feuilles de papier par jour, d'une longueur de près de 6 mètres. Le papier était fait à partir de chiffons jusqu'au XIXe siècle, mais les textiles se révélèrent trop chers et insuffisants. Reprenant la méthode de Cai Lun, l'Allemand Keller mit au point la première pâte de bois. On remplaça l'ajout de chiffons par de la cellulose. Les ateliers de papier devinrent manufactures puis usines, où l'on pouvait produire 2 000 m2 de papier à la minute ! Avec une consommation d'eau, d'énergie et de matières premières époustouflantes...
C'est pourquoi il n'y a plus qu'un mot d'ordre aujourd'hui : recycler ! Une fois recyclée, une tonne de vieux papiers sauve la vie de huit arbres... C'est renversant non ?


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