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Moyen Orient et Monde

Iran : la République de la terreur


*Mehdi Khalaji, séminariste à Qom en Iran pendant 14 ans, est chercheur associé du Washington Institute for Near East Policy. Le père de Khalaji, un ayatollah de Qom, a récemment été arrêté par les autorités iraniennes et les passeports de sa famille ont été confisqués.

Par Mehdi KHALAJI

 

Le régime clérical iranien gouverne au moyen d'une formule simple : celui qui est le plus craint est celui qui gagne. La « victoire par la terreur » est une figure de rhétorique récurrente dans les discours de l'ayatollah et guide suprême de la révolution Ali Khamenei. Elle est en tout cas une indication fiable de sa philosophie politique.
Khamenei n'est pas l'auteur de cette orientation - elle est inspirée du Coran et de la tradition chiite. Les gardiens de la révolution iraniens portent des uniformes sur lesquels est inscrit un verset du Coran qui dit : « Contre eux préparez vos forces au maximum de votre puissance, y compris des montures de guerre, pour frapper de terreur les ennemis d'Allah et vos ennemis, et d'autres encore, que vous ne connaissez peut-être pas, mais qu'Allah connaît. » De plus, dans la tradition chiite, l'objectif du mahdi, le messie chiite, sera d'intimider ses ennemis lors de son retour sur terre.
Mais entretenir la terreur chez autrui rend aussi plus sensible à la peur, et rien n'est plus effrayant pour Khamenei et les dirigeants de la République islamique que le dynamisme social mis en branle par le mouvement démocratique émergent en Iran. Le régime semble convaincu de la faible probabilité de frappes militaires contre son programme nucléaire. Il ne croit pas que les sanctions entraîneront sa chute. Les forces extérieures ne semblent donc pas poser de menaces réelles.
Ce qui a ébranlé le gouvernement, et menace en fait l'existence même de l'idéologie islamique au pouvoir, est la revendication du peuple iranien pour les droits humains et politiques. Hossein Saffar Harandi, un ancien ministre de la Culture et de l'Orientation islamique, a exprimé cette peur en disant que les « citoyens qui veulent que le gouvernement rende des comptes au peuple mènent une guerre larvée contre la République islamique ».
Depuis trente ans, la République islamique a compté sur la poigne de fer de l'appareil de sécurité intérieur pour réduire les critiques et les dissidents au silence. La terreur est une des pierres angulaires de la République. Mais depuis la crise postélectorale de juin dernier, le peuple a oublié d'avoir peur et le gouvernement est aujourd'hui terrifié. Il est étonnant de voir à quel point Khamenei craint ce soulèvement populaire. Il craint les lettres, les livres, les arts, les universités, les satellites, l'Internet et même les téléphones mobiles. De son point de vue, le gouvernement doit contrôler l'accès de la population à la culture et à la technologie mondiales. À défaut, les forces sociales à l'œuvre saperont l'autorité de l'État.
Khamenei n'a ni le charisme ni la profonde érudition du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Ruhollah Khomeyni. Tant sa légitimité politique que son autorité religieuse sont discutables. Les violences des manifestations et les brutalités carcérales de ces derniers mois ont affaibli son autorité et ébranlé sa base sociale. Dépendant de plus en plus des gardiens de la révolution comme dernier rempart de son régime, Khamenei s'est coupé de toute possibilité de compromis.
La politique étrangère de Khamenei est aujourd'hui complètement inféodée à l'évolution de la situation en Iran. Comme les derniers mois l'ont démontré, il n'envisagera un compromis avec l'Occident que lorsqu'il ne sera plus certain du contrôle exercé sur le pays. La balance penche tantôt d'un côté, tantôt de l'autre : les faiblesses du régime influent sur les orientations de la politique étrangère iranienne.
C'est ainsi qu'intimidé dans un premier temps par la crise postélectorale, le régime a accepté la proposition qui lui fut présentée le 1er octobre à Genève et qui prévoyait que l'enrichissement de l'uranium iranien soit effectué par un pays tiers. En novembre, lorsque le gouvernement a estimé que la répression des manifestations avait muselé le mouvement de protestation, les autorités iraniennes sont revenues sur leur engagement.
À cet égard, le peuple iranien peut être considéré comme un allié stratégique de l'Occident, non seulement parce qu'il souhaite la démocratie en Iran même et la paix dans la région, mais également parce que la poursuite des manifestations populaires constitue pour l'Occident le contrepoids le plus efficace au programme nucléaire iranien.
À long terme, ce régime ne pourra pas survivre à la crise politique actuelle. Une répression permanente se traduira par une dictature militaire, tandis qu'un compromis avec les protestataires débouchera sur une sorte de gouvernement consensuel semi-démocratique. Mais dans les deux cas, le mouvement démocratique ne disparaîtra pas. Il réapparaîtra constamment, malgré une répression féroce sur de courtes périodes, et posera le genre de défis qui constituent une menace existentielle pour tout régime non démocratique.
Soutenir les droits humains et la démocratie en Iran n'est pas seulement un devoir moral, mais doit être une priorité stratégique pour l'Occident. Donner le pouvoir au peuple iranien signifie affaiblir Khamenei et ses alliés militaires. Et un Khamenei affaibli sera plus à même d'accepter un compromis sur la question nucléaire.

©Project Syndicate, 2009. Traduit de l'anglais par Julia Gallin.

Par Mehdi KHALAJI
 
Le régime clérical iranien gouverne au moyen d'une formule simple : celui qui est le plus craint est celui qui gagne. La « victoire par la terreur » est une figure de rhétorique récurrente dans les discours de l'ayatollah et guide suprême de la révolution Ali Khamenei. Elle est en tout cas une indication fiable de sa philosophie politique.Khamenei n'est pas l'auteur de cette orientation - elle est inspirée du Coran et de la tradition chiite. Les gardiens de la révolution iraniens portent des uniformes sur lesquels est inscrit un verset du Coran qui dit : « Contre eux préparez vos forces au maximum de votre puissance, y compris des montures de guerre, pour frapper de terreur les ennemis d'Allah et vos ennemis, et...
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