Cinquième opus d'une femme poète au verbe altier. Ghada Fouad al-Samman taquine les muses avec virtuosité. En parlant de hauteur et d'ombre, sans vertige aucun, elle signe aujourd'hui son dernier recueil en langue arabe. Koul al-aali zolli (Toutes les hauteurs sont mon ombre) aux éditions Dar Fadaat est un mince ouvrage de 139 pages qui atteste avec éclat de l'emploi subtil du verbe, tout en tonalités à la fois fines et drues d'une poétesse dont le pacte avec l'inspiration parnassienne date depuis 1989.
Meilleure vente avec son livre Israeliyat bi aklam arabiya (Israéliennes sous des plumes arabes) pour la Foire internationale du livre arabe en 2001 à Beyrouth, Ghada Fouad al-Samman a à son actif des ouvrages au titre péremptoire, tel son premier écrit Wa hakaza atakalm ana (Et ainsi je parle)...
Mêlant en toute simplicité farouche nationalisme et élans passionnels, phrases élaborées et mots frémissants de sensibilité, orgueil et révolte, dégoût de la société et besoin de l'autre, lucidité et contradiction, le vers libre de Ghada Fouad al-Samman creuse des images à la fois pessimistes et pleines d'espoir...
Sur un ton théâtral et arrogant, avec une emphase pesée à la virgule près, les rimes s'imbriquent et naît une singulière musicalité portée par des cadences originales, souvent hectiques et nerveuses. Notamment quand il s'agit des termes d'amour...
Un amour dévorant, possessif, exclusif. Avec des termes presque insolents: «Pour que tu saches que la parole ne doit pas être nécessairement bonne...» Mais il y a aussi des tendresses confondantes surtout quand la femme amoureuse avoue que quand elle aime, «tous les papillons de son sang se réveillent...». Liberté de femme qui parle aussi des battements de son cœur en pleine cité. Un vibrant hommage à Beyrouth, capitale au rythme trépidant et muse de tous les désirs.
Inspiration qui touche aussi à la notion de Dieu et des questionnements que nul n'élude... Et c'est en toute malice que la femme poète dit: «Je ne crains pas la résurrection, mais le calme de l'âme est inquiétant comme
l'enfer...»
Écriture moderne et ton audacieux pour une femme que ce recueil au verbe qui ne craint pas les fantasmes de l'imaginaire. Et c'est en toute conscience que l'auteur implore le créateur, en cette phrase surprenante, de lui accorder davantage le don de casser toutes les barrières. En substance la femme poète a ce vœu pieux: «Dieu, gratifie-moi de plus de folie...»
Sans doute folie de rêver, d'écrire et de vivre en ce siècle fou. Fou de vitesse, de découverte, de témérité scientifique, de dépassement, d'irrévérence et de laxisme...
E.D.


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