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Moyen Orient et Monde - Haïti

Port-au-Prince sombre dans le chaos

La communauté internationale accélère la mobilisation, Obama annonce qu'il met toute la puissance des États-Unis au service d'Haïti.

Selon les estimations de la Croix-Rouge internationale, entre 45 000 et 50 000 personnes auraient péri dans le séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter. Carlos Barria/Reuters

À Port-au-Prince, les bâtiments officiels broyés par la secousse, dont le palais présidentiel et des ministères, trahissent l'état d'impuissance dans lequel se trouvent les institutions haïtiennes, alors que plusieurs membres du gouvernement seraient toujours portés disparus. Deux jours après le terrible séisme, Port-au-Prince sombrait dans le chaos hier. La prison s'est effondrée et des détenus ont pris le large. En l'absence des Casques bleus, occupés à fouiller les ruines et eux-mêmes fortement touchés par le séisme, les rues de la capitale surpeuplée sont le théâtre de pillages et de tirs. « Nous entendons de nombreux coups de feu sans pouvoir préciser d'où ils viennent. Les pillages ont commencé dans les supermarchés qui se sont écroulés partiellement », raconte un porte-parole de l'ONG brésilienne Viva Rio, Valmir Fachini, dans un courriel à l'AFP. « Les tirs sont constants et on a l'impression que ce sont des familles qui tentent de se protéger des assaillants », venus voler ce qui leur reste de nourriture, précise M. Fachini, qui travaille dans le quartier de Bel Air.
Dans l'espoir de stabiliser la situation, les États-Unis ont annoncé l'envoi de nouveaux renforts militaires, 3 500 hommes de la 82e brigade de l'armée de terre et 2 000 marines, en plus de ceux arrivés hier et qui ont notamment sécurisé l'aéroport. Un porte-avions nucléaire était également attendu en fin de journée.
Dans ce chaos, les sauveteurs tentent de dégager des survivants. Faute de moyens, les blessés sont parfois dégagés à mains nues. La plupart du temps, il est trop tard. Dans les ruines, les corps sont restés figés dans la position qui était la leur au moment du drame : un couple surpris pendant la sieste, des fillettes recouvertes de poussière, des femmes presque dévêtues. Dans les carcasses de voitures restent des corps carbonisés. Dans les rues haïtiennes, les corps sont souvent alignés à même le sol, recouverts d'un drap.
Des corps qui viennent gonfler les bilans. La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a affirmé hier que le tremblement de terre avait fait « des dizaines de milliers de morts ». Le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, avait dit mercredi redouter qu'il ne soit « bien au-dessus des 100 000 » morts. « Personne ne sait avec précision, personne n'est en état de confirmer un quelconque chiffre. Notre organisation pense qu'entre 45 000 et 50 000 personnes ont péri », a toutefois déclaré hier Victor Jackson, un des responsables de la Croix-Rouge haïtienne. Trois millions de personnes, a-t-il ajouté, soit un tiers de la population du pays, ont été touchées par le séisme, qu'elles aient été blessées ou qu'elles aient perdu leur toit. Le directeur de l'hôpital général de Port-au-Prince indiquait, de son côté, qu'au moins 1 500 corps avaient été comptabilisés dans et à l'extérieur de la morgue de son établissement.
De nombreux pays étrangers ont été frappés par le séisme avec des morts, des blessés ou des disparus, le Brésil, le plus touché, déplorant au moins 15 décès, dont 14 Casques bleus, alors que l'ONU annonçait hier un total provisoire de 36 morts parmi son personnel. Selon l'ONG britannique Save the Children, au moins deux millions d'enfants et d'adolescents ont été affectés, beaucoup étant blessés ou orphelins.
Les survivants, eux, manquent de tout. La secousse, la plus forte dans ce pays depuis plus de deux siècles, a laissé d'innombrables sans-abri, qui, serrés les uns contre les autres, scrutent le ciel, dans l'espoir d'apercevoir les avions de l'aide internationale. Le Champ de Mars, célèbre avenue de Port-au-Prince, a été transformé en un gigantesque camp de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés. « Certaines personnes risquent de mourir de froid, de déshydratation ou de blessures qui auraient pu être facilement soignées », a averti hier l'ancien président américain Bill Clinton, envoyé spécial de l'ONU pour Haïti.
Face au drame, la communauté internationale s'est engagée dans une course contre la montre, contre la mort, la faim et les épidémies. Une aide humanitaire « massive » doit arriver « dès (jeudi) soir » en Haïti si l'on veut sauver un maximum de vies, la période devenant « critique » 36 heures après le séisme, a déclaré Olivier Bernard, président de l'ONG française Médecins du monde. Il s'agit de débloquer des fonds mais aussi de fournir au plus vite eau, vivres, abris, soins et médicaments. Dès hier, l'OIM devait commencer à distribuer de l'aide, en coordination avec le Programme alimentaire mondial (PAM), agence de l'ONU qui devait dépêcher deux avions d'aide alimentaire.
Le président Barack Obama a, par ailleurs, annoncé hier qu'il mettait toute la puissance des États-Unis au service d'Haïti et qu'il allait immédiatement débloquer une aide de 100 millions de dollars. Même montant annoncé par le FMI et par la Banque mondiale. Le Comité international de la Croix-Rouge devait, de son côté, envoyer notamment hier 40 tonnes de médicaments et de kits médicaux.
Des sauveteurs du monde entier étaient également attendus en Haïti. Particulièrement mobilisée par le drame de ce pays francophone, la France a notamment dépêché trois avions de transport militaire et 12 tonnes de matériel. Le président Sarkozy a aussi appelé à une « grande conférence » internationale pour « la reconstruction et le développement » d'Haïti.
Mais l'aide humanitaire se trouve face à « un défi logistique majeur », reconnaissait hier à Genève la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU. Si les infrastructures-clés de la capitale, dont les installations électriques ou les trois grues du port, ne sont pas rapidement réparées, l'acheminement de l'aide sera bloqué. Hier soir, les autorités haïtiennes annonçaient que l'espace aérien haïtien était saturé et demandaient aux États-Unis et à d'autres pays de ne plus autoriser pour le moment de vols vers Port-au-Prince.

À Port-au-Prince, les bâtiments officiels broyés par la secousse, dont le palais présidentiel et des ministères, trahissent l'état d'impuissance dans lequel se trouvent les institutions haïtiennes, alors que plusieurs membres du gouvernement seraient toujours portés disparus. Deux jours après le terrible séisme, Port-au-Prince sombrait dans le chaos hier. La prison s'est effondrée et des détenus ont pris le large. En l'absence des Casques bleus, occupés à fouiller les ruines et eux-mêmes fortement touchés par le séisme, les rues de la capitale surpeuplée sont le théâtre de pillages et de tirs. « Nous entendons de nombreux coups de feu sans pouvoir préciser d'où ils viennent. Les...
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