De plus, la 1559 a de la famille, la 1681 et la 1701 s'inscrivant directement dans sa lignée. Et subiraient le même sort si, d'aventure, les prosyriens faisaient d'une pierre coup double. En obtenant d'abord du Liban officiel qu'il demande l'annulation de cette matrice. Et, ensuite, qu'il soit donné une suite favorable à cette requête à l'ONU. La menace qui cible la triplette implique, bien évidemment, que le Conseil de sécurité mette un terme à la mission de Roed-Larsen, chargé de remettre un rapport semestriel sur le suivi des résolutions. Dont les dispositions vont du tracé des frontières libano-syriennes et de leur verrouillage face au trafic d'armes jusqu'au désarmement des milices libanaises et palestiniennes, en passant par la libération de Chebaa.
Le problème véritable, c'est que la 1559 indispose la Syrie autant que la 1701 déplaît à Israël. Damas accuse Roed-Larsen, paisible diplomate scandinave, donc bouc émissaire idéal, de partialité en faveur d'Israël. Et lui refuse sa porte : il n'a pu s'y rendre qu'en qualité d'accompagnateur de Ban Ki-moon lors de sa tournée régionale après son élection.
Mais la communauté internationale n'a pas l'intention de se laisser faire. À preuve que même les Français, connus pour leur ouverture sur la Syrie, protestent. L'on a entendu ainsi Bernard Kouchner rappeler que seule la légalité internationale peut abolir une résolution et la déclarer obsolète. Seule l'ONU, précise encore le ministre français des Affaires étrangères, est compétente pour dire si une résolution du Conseil de sécurité a été, ou non, exécutée en son entier. Par suite des réactions outrées des capitales, la Syrie a renoncé à une manœuvre de liquidation de la 1559 par la bande. Elle a, en effet, retiré une note destinée à la cinquième commission du Conseil de sécurité chargée d'établir les budgets des missions internationales, pour lui demander de saquer le devis imparti à Roed-Larsen. Une fois ce dernier évaporé, la 1559 ne serait plus que torchon d'archives.
Même évolution de recul, bien évidemment, chez les prosyriens que chez leurs parrains. Le ministre des AE, Ali Chami, qui avait lancé la campagne contre la 1559, relancé par des homologues étrangers ainsi que par une kyrielle d'ambassadeurs, leur a répondu que sa requête d'abolition reste d'ordre strictement personnel. Sans aucunement refléter la position du gouvernement, qui n'est pas encore fixée.
À ce propos, les responsables redoutent qu'un conflit n'éclate entre ministres. Interrogés, ils éludent, en se défaussant sur la 1701 pour souligner qu'elle bénéficie de l'appui de tous les Libanais, le Hezbollah compris. Sauf que ce parti ne l'avait acceptée que parce qu'elle mettait un terme aux attaques israéliennes, en juillet 2006. En faisant comme si les autres points de la résolution n'existaient pas. Et en déclarant même que l'ONU n'a pas le droit de se mêler des affaires intérieures d'un pays. Tout comme la Syrie affirme que le tracé des frontières et Chebaa ne regardent qu'elle et le Liban.
Réplique
À ces assertions, un diplomate répond que l'une des raisons d'être de la légalité internationale est d'aider les États qui traversent des épreuves ou se trouvent confrontés à de difficiles problèmes de sécurité et de paix civile. Cette assistance positive ne peut être considérée comme une immixtion abusive dans les affaires intérieures d'un pays, ni comme une atteinte à sa souveraineté. Elle se propose de prévenir des troubles, de régler les crises par des négociations et non par la violence. Comme le veut la Charte, le Conseil de sécurité a toujours condamné le recours aux armes pour régler des conflits. Il a également régulièrement certifié qu'un armement, qu'il soit de défense ou de résistance, ne peut jamais être détenu que par l'autorité légale d'un pays. Sans quoi ce serait le chaos garanti, de par le monde.
Quoi qu'il en soit, le défilé à Beyrouth de visiteurs d'importance illustre l'inquiétude que suscitent, dans les capitales, les velléités des prosyriens de gommer la 1559. Après le ministre chypriote des Affaires étrangères et l'émissaire d'Angela Merkel, nombre de responsables étrangers veulent demander des explicitations aux Libanais sur la 1559, la 1681 et la 1701. Et tiennent à leur rappeler que les assistances internationales, notamment européennes, ne sont consenties qu'à un Liban respectant la légalité internationale.
D'ailleurs, l'envoyé de Berlin a indiqué à ses interlocuteurs libanais que son pays n'assume la surveillance maritime des côtes libanaises, pour contrer le trafic d'armes, que dans le cadre des résolutions internationales et de leur application. Ajoutant qu'il reste beaucoup à faire pour ce qui est du contrôle des frontières terrestres, entendre avec la Syrie, sur lequel l'Allemagne contribue également par une aide technique de haut niveau. Il s'est rendu ensuite en Syrie pour y tenir les mêmes propos.
Est-il besoin de le souligner : les Occidentaux ont peur qu'une annulation de la 1559 ne facilite la transformation des camps palestiniens au Liban en bases actives de la Qaëda et autres joyeusetés terroristes. On sait en effet que la résolution du Conseil de sécurité édicte que l'armement à l'intérieur des camps doit être régulé et placé sous supervision de l'État libanais.
L'on apprend à ce sujet qu'un responsable américain sécuritaire de haut rang doit gagner Beyrouth sous peu, dans le cadre d'une tournée régionale, pour y discuter du terrorisme et des formations islamistes radicales.

