Alors qu'Américains et Européens ont fixé à Téhéran la fin 2009 comme date butoir pour répondre à leur proposition de faire enrichir l'uranium iranien à l'étranger sous l'égide de l'AIEA, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, leur a posé à son tour samedi un « ultimatum » pour la fin janvier. La France a rejeté hier cette proposition de l'Iran. « Il y a la dernière pirouette des Iraniens (...) Vous savez qu'ils ont donné un ultimatum à ceux qui eux-mêmes - la communauté internationale dont la France - proposaient de les aider dans l'enrichissement de l'uranium », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. « On ne peut faire comme ça », a-t-il insisté, fustigeant la façon dont la République islamique, « avec une science un peu lourde », a « renversé » les choses en disant aux négociateurs occidentaux : « C'est vous que l'on attend. » « Nous continuerons à parler avec les Iraniens, mais parler du développement nucléaire avec eux, ce n'est pas possible », a-t-il assuré. De son côté, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a assuré que les États-Unis ont engagé des discussions avec leurs partenaires à propos « de pressions et de sanctions » nouvelles contre l'Iran. « La porte est bien sûr toujours ouverte pour que l'Iran prenne la bonne décision et respecte ses obligations internationales », avait auparavant dit un porte-parole de la Maison-Blanche, Bill Burton. Mme Clinton a affirmé comme lui que la « double voie du dialogue et de la pression » demeurait ouverte à l'Iran s'il décidait de coopérer. « Notre objectif est de faire pression sur le gouvernement iranien, en particulier les gardiens de la révolution, sans contribuer à la souffrance des Iraniens, qui méritent mieux que leur sort actuel », a-t-elle expliqué.
Un projet du groupe des « Six » (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne), pays interlocuteurs de Téhéran sur le nucléaire, prévoyait que l'Iran fasse enrichir à 20 % par la Russie la plus grosse partie de son uranium faiblement enrichi - 1 200 tonnes d'un coup - pour obtenir en retour du combustible pour son réacteur de recherche. L'Iran a rejeté cette offre visant selon les Occidentaux à créer un « climat de confiance » et a proposé des échanges d'uranium simultanés et en petites quantités. Téhéran a aussi exigé que ces échanges se fassent en Iran, avant de renoncer à cette condition en évoquant la possibilité d'un échange au Brésil, au Japon ou en Turquie.
D'autre part, l'Iran a critiqué hier l'arrestation en France par la police de plusieurs centaines de personnes durant la nuit de la Saint-Sylvestre. « Le comportement de la police française (...) constitue un exemple évident de violation des droits civiques, politiques, sociaux, économiques et culturels du peuple français. Il est inacceptable et contraire aux obligations d'un pays signataire de la Convention internationale des droits de l'homme », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, cité par l'agence officielle IRNA. Par ailleurs, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad se trouvait hier au Tadjikistan, pays pauvre d'Asie centrale avec qui il veut resserrer les liens. Ce déplacement de deux jours doit être suivi d'un voyage de même durée au Turkménistan.

