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Liban

Le Hezbollah et le « piège de Ghajar »

En dépit du climat local de détente, l'année 2010 commence sur un lointain bruit de tambours. À quelques jours d'intervalle, le président de la République Michel Sleiman a entendu aussi bien de son homologue américain Barack Obama que du président français Nicolas Sarkozy des informations sur un projet israélien de frapper durement le Hezbollah avant l'été 2010. Intox, guerre psychologique ou éventualité réelle ? Nul ne saurait le dire avec précision, mais ces informations, qui ressemblent fort à des avertissements et qui ont été relayés sur le plan local par le chef des Forces libanaises Samir Geagea, sont à prendre au sérieux dans le contexte actuel de blocage sur tous les fronts régionaux, notamment dans les volets israélo-palestinien et israélo-syrien.
En ce début d'année, les yeux sont donc tournés vers le Sud, où le calme apparent ne cache pas une certaine tension. D'ailleurs, pour la première fois cette année, à l'occasion de la célébration de la Achoura, une marche a été organisée par le Hezbollah le long de la frontière et jusque devant la grille dite de Fatmé, à quelques mètres du poste militaire israélien et à proximité du village de Ghajar qui reste au cœur du contentieux israélo-libanais.
À travers cette initiative, le Hezbollah a voulu indirectement répondre aux menaces israéliennes en montrant qu'il est prêt à toutes les éventualités, mais qu'il respecte les règles imposées par la résolution 1701, puisque la marche était pacifique et regroupait essentiellement des femmes et des enfants. Plus encore, à travers cette initiative, le Hezbollah a voulu rappeler son refus de la proposition israélienne, qui avait circulé dans les milieux diplomatiques au cours des dernières semaines de 2009, concernant la partie encore occupée de la localité de Ghajar. Selon des sources proches du Hezbollah, cette proposition consisterait à se retirer rapidement de cette partie occupée, tout en la plaçant sous le contrôle de la Finul. L'armée libanaise n'aurait le droit de s'y déployer qu'avec l'accord et sous le contrôle de la force internationale, alors que la circulation des habitants serait strictement contrôlée par les Casques bleus en coordination avec l'armée israélienne. Ce qui, aux yeux du Hezbollah, constitue non seulement une atteinte à la résolution 1701, mais surtout une violation flagrante de la souveraineté libanaise, qui ne pourrait s'exercer sur un territoire libanais que sous la supervision de la Finul. Les sources proches du Hezbollah rappellent que la résolution 1701 accorde l'exercice de la souveraineté au sud du Litani à l'armée libanaise, épaulée par les Casques bleus, et non le contraire. En d'autres termes, la proposition israélienne renverse l'équation consacrée par la résolution 1701 et met en place de « nouvelles règles d'affrontement ou de statu quo » jugées inacceptables par le Hezbollah. Les proches du parti estiment qu'à travers cette proposition de retrait israélien et de contrôle de la Finul, Israël réédite la formule de la création d'une bande frontalière démilitarisée et contrôlée par les Casques bleus, dans laquelle ses soldats auront un droit de surveillance et décideront qui peut entrer et sortir du village, comme c'était le cas dans une grande partie du Sud avant le retrait de 2000. La Finul aurait ainsi pour mission non plus d'aider les forces de sécurité libanaises à établir leur souveraineté sur le territoire, mais avant tout de protéger la sécurité d'Israël. Il s'agit donc d'un renversement total de situation et d'équilibre dans ce secteur qui a été le théâtre en 2006 des plus féroces combats qui se sont terminés par l'adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 1701.
Le Hezbollah a ainsi clairement exprimé son refus de ce qu'il considère comme le « piège de Ghajar ». Selon lui, il n'est pas question d'entraîner la partie libanaise, sous couvert d'arrangements pour assurer la sécurité de la zone qui sera libérée par Israël, vers des concessions sur sa souveraineté. Selon les sources proches du parti, le problème se pose avec d'autant plus d'acuité qu'aussi bien le président américain que son homologue français ont évoqué avec le chef de l'État libanais la possibilité d'entreprendre des négociations directes avec Israël en commençant par le statut de Ghajar. Ce dossier devrait d'ailleurs figurer à l'ordre du jour d'une nouvelle tournée de l'émissaire du président américain, le sénateur George Mitchell, et de son adjoint Frederic Hoffe dans la région, prévue dans le courant de janvier. Le Hezbollah appelle donc à la vigilance et estime qu'un accord entre la Finul et l'armée israélienne ne signifie nullement le retour de Ghajar sous la souveraineté libanaise. Les négociations s'annoncent donc difficiles et la partie de la localité de Ghajar dont l'armée israélienne devait se retirer dans la foulée de l'adoption de la résolution 1701 se transforme en problème épineux qui risque d'augmenter la tension au Liban-Sud.
En dépit du climat local de détente, l'année 2010 commence sur un lointain bruit de tambours. À quelques jours d'intervalle, le président de la République Michel Sleiman a entendu aussi bien de son homologue américain Barack Obama que du président français Nicolas Sarkozy des informations sur un projet israélien de frapper durement le Hezbollah avant l'été 2010. Intox, guerre psychologique ou éventualité réelle ? Nul ne saurait le dire avec précision, mais ces informations, qui ressemblent fort à des avertissements et qui ont été relayés sur le plan local par le chef des Forces libanaises Samir Geagea, sont à prendre au sérieux dans le contexte actuel de blocage sur tous les fronts...
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