Hind Faucon présentant le film libanais.
Avec plusieurs projections du film de Randa Chahal Sabbag, Le cerf-volant, et celui de Nadine Labaki, Caramel, la salle de cinéma de la ville a été envahie par les collégiens et les lycéens de divers établissements, mais aussi par des adultes dans le cadre de séances publiques et gratuites. Ces publics, très sensibles à la présentation de ces films par Hind Faucon, ont entraîné, selon les âges, des questions et des discussions toutes empreintes de curiosité, d'intérêt et parfois de surprise.
Le 12 décembre, Salah Stétié, magnifiquement présenté et accompagné par Jehan Despret et Suzy Maltret, est venu en voisin offrir sa poésie à ses amis d'Île de France.
Un peu plus tard dans la soirée, J.-L. Barrault, Alain Cuny, Geneviève Page, Jean Topart, Sylvia Monfort, Yvan Sarray et l'inoubliable Delphine Seyrig ont effacé le temps, tout simplement, en entraînant le public dans le merveilleux dédale des Archives sentimentales d'une guerre au Liban de Nadia Tuéni. Oh Nadia! Merci à toute la famille Tuéni, précisément en ce jour de décembre où le fils a trouvé sa mère dans le silence des mots et dans la musique de nos mémoires.
Et puis un autre soir, le 16 décembre, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, Darina al-Joundi, magnifiquement seule en scène, emplit la salle de sa colère, de sa révolte, de sa guerre, mais aussi de sa tendresse, de son humour, de son amour, de ce père enfin auquel elle offre ce merveilleux cadeau d'une jeune femme seule en scène en face de «son» père parti il y a cinq ans. Poignant. La salle du théâtre Nickel, pleine, mit un certain temps à se retrouver vide, tant l'émotion accompagnait chacun.
Heureusement, dehors il neigeait et le paysage était enfin blanc. Darina ne se perdrait plus.
Et ce fut le 18 décembre Abdel Rahman el-Bacha qui, en plus de master class offerts au Conservatoire de Rambouillet, clôtura magistralement ce Festival du Liban par deux préludes et fugues du Clavier bien tempéré de J-S. Bach, aussitôt éclaboussés par les merveilleux Miroirs de Ravel sous les doigts funambules de l'artiste qui gratifia également son public de sept pièces de sa composition avant d'affronter «à la polonaise» la 2e sonate dite Funèbre de Chopin. Magnifique, et si loin de ces caricatures du romantisme que des petits maîtres (mais qui se prennent pour des grands) infligent souvent. Et le public ne s'y est pas trompé. C'est après de nombreux rappels, debout, et de nombreux «bis» qu'Abdel Rahman el-Bacha conclut son récital par un Nocturne véritablement aérien de ce même Chopin.
Mille fois merci à tous ces artistes qui, chacune et chacun dans leur discipline, ont donné le meilleur d'eux-mêmes, contribuant ainsi à faire se rejoindre, par-delà l'horizon, deux peuples, deux cultures, deux pays.
Merci enfin à tous ceux qui, de Rambouillet et de Beyrouth, ont permis ces rencontres, ces échanges, ces moments privilégiés où l'esprit et le cœur oublient pour un temps qu'il y a des frontières, même et surtout au fin fond de nous-mêmes.
Charles Hervé FAUCON

