Il n'est donc pas question de désarmer le Hezbollah. Le débat effectif, si jamais il s'engage, ne peut porter que sur la régulation de son potentiel militaire. Soit en le plaçant sous l'autorité de l'État. Soit, si l'on ne veut pas rêver, en le soumettant à une coordination, plus ou moins élastique, avec les forces régulières. C'est ce que le secrétaire général du Hezb, Hassan Nasrallah, souhaite quand il parle de contrat de mariage entre la milice de son parti et l'armée nationale.
Cependant, il y a aussi l'armement des Palestiniens. À l'intérieur des camps, où il doit être régulé sous supervision des autorités libanaises. Et à l'extérieur, notamment à la frontière orientale avec la Syrie et à Naamé. Cette question, considérée pour le moment comme secondaire, représente quand même un aide-mémoire puissant. Une dure leçon. Car ce sont les armes déferlantes des Fedayyine qui ont précipité ce pays dans la plus sombre, la plus sanglante, la plus dévastatrice, la plus longue guerre de son histoire. Le précédent initié par les Palestiniens révèle que les dangers d'un armement hors légalité sont toujours, fatalement, aussi élevés sur le plan politique, entitaire même, qu'au niveau de la sécurité. L'on avait vu ainsi l'OLP fouler aux pieds la convention du Caire pour se tailler au Liban un État dans l'État ayant pour capitale Beyrouth-Ouest. Il a fallu que les Israéliens et les Syriens y aillent à tour de rôle, les premiers à Beyrouth et les deuxièmes à Tripoli, pour expulser Arafat à Tunis.
Auparavant, Abou Ammar avait servi aux Syriens de prétexte pour pénétrer militairement au Liban, en 1976, et entamer leur mainmise, étalée sur vingt-neuf ans. En violant Taëf, la 1559, la 1680 et la 1701. Ils ont fait ainsi mieux que les Israéliens, qui n'ont pu s'accrocher au Sud que pendant vingt-deux ans, au mépris de la 425. Et ce sont les Syriens qui ont repris le contrôle politique, sinon stratégique, du front du Liban-Sud, jusqu'à juillet 2006. À l'issue de cette dernière guerre, l'armée et la Finul, déployées sur la ligne bleue, veillent au maintien du calme.
Un tampon rassurant d'un côté, mais inquiétant de l'autre. Saïd Jalili, haut dignitaire iranien, certifie aux responsables libanais que le Hezbollah n'attaquera pas Israël pour soutenir le Hamas. Bachar el-Assad confirme de son côté qu'aucun de ces deux mouvements n'opérera contre l'ennemi à partir du territoire syrien. Partant de là, et du moment que l'armement du Hezbollah n'a plus à s'employer au Sud, où sa présence n'est plus que préventive, il peut être tourné contre l'intérieur, comme on l'a vu le 7 mai. C'est ce que les Libanais redoutent le plus. Il est évident, en effet, qu'une fois la violence enclenchée sur la scène intérieure, le pays risque de replonger dans une guerre civile suicidaire.
Certes, le Hezbollah s'est engagé à Doha, ainsi que toutes les parties libanaises, à ne pas recourir à la violence dans le cadre des conflits politiques ou pour arracher des avantages déterminés. Mais un tel pacte n'a de valeur effective que dans l'instauration d'une chape de protection fondée sur des mécanismes de contrôle précis.
Instruments d'autant plus nécessaires que les règles du jeu et les rapports de force politiques sont faussés par la menace même des armes miliciennes. Une menace qui n'a de sens que si elle reste réelle. C'est-à-dire que ceux qui en usent, directement ou par procuration, ne peuvent pas poursuivre leurs objectifs s'ils renoncent vraiment, et définitivement, à un 7 mai bis.
Ils ont déjà obtenu de dénaturer le régime libanais en remplaçant la démocratie tout court par ce qu'ils appellent la démocratie consensuelle. Vont-ils, en si bon chemin, laisser s'instaurer un État de droit souverain ? Vont-ils permettre à un partenariat national authentique de s'établir, à la coexistence de se conforter, dans le cadre d'un ordre public garantissant les libertés, l'autorité de l'État sur la totalité du territoire ?


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