Avec les écrivains Marie-Claire Blais, Antonine Maillet et le sulfureux Michel Tremblay, sur un registre tout à fait différent, revendiquant liberté et droit à la différence, Anne Hébert, cheveux sur le front, sourire aux lèvres, plume en main, est en tête du peloton qui a révélé la littérature québécoise au monde francophone.
Son premier recueil de poésie, Les songes en équilibre, publié à l'âge de vingt-trois ans, n'a pas eu le fracas escompté... Accueilli avec estime par le public et la presse, mais sans véritable fanfare ou boucan littéraire, ce premier jet reste pourtant déterminant dans le choix d'une carrière où s'investir dans l'écriture est une vocation essentielle.
Suivent une nouvelle (Le torrent), des pièces de théâtre (Les invités au procès, La mercière assassinée), mais surtout un premier roman, Les chambres de bois. Et s'enclenche une longue chaîne de romans surtout à inspiration, certes, diverse, mais centrés surtout sur les préoccupations, sentiments et émois
féminins.
Entre-temps, Anne Hébert s'est installée dans la Ville lumière. Et lorsque paraît Kamouraska en 1971, couronné par le Prix des libraires, le succès est enfin au rendez-vous avec la romancière.
Et l'œuvre prend une tournure impressionnante, surtout après l'obtention en 1982 du prix Femina pour Les fous de Bassan, retenu pour ses exceptionnelles qualités d'écriture poétique et sa force envoûtante d'une histoire tablant sur le mystère, le rêve, la fiction, la réalité et
la dualité.
Plus de onze romans, six recueils de poésie, cinq pièces de théâtre et huit scénarios de films (dont Kamouraska, Les fous de Bassan, La canne à pêche et L'éclusier) pour la prolifique plume d'Anne Hébert, mais aussi plus de vingt et une distinctions dont le Prix du gouverneur général pour Les Enfants du sabbat.
Jamais auteur québécois n'a eu autant d'égards et de récompenses universitaires. Anne Hébert se vit attribuer le titre de docteur honoris causa par les universités de Laval, Toronto, Uquam et McGill...
Pour cette figure majeure de la littérature québécoise qui avait dit : « Je ne me demande pas où mènent les routes ; c'est pour le trajet que je pars », les mots auront été d'un lumineux secours pour foncer tête baissée dans les zones d'ombre et ne jamais s'égarer... Ou perdre la notion de la route...
Avec cette pluie de mots qui ont pouvoir de beauté, de sincérité, de lumière, de force, de liberté, de vérité, de transparence et d'amour, Anne Hébert avait l'imagination à la pointe de la plume. Et ce n'est guère hasard si ses deux derniers opus s'intitulaient en toute candeur et comme un cri prémonitoire Est-ce que je te dérange ? et Un habit de
lumière.
Certainement qu'elle ne dérange guère Anne Hébert. Partie sur la pointe des pieds, la poétesse n'a jamais eu l'ombre pesante et ses mots sont une lumière pour tous ceux qui quêtent en littérature des réponses à leurs
questionnements.
En souvenir de celle qui avait écrit Le premier Jardin, une ultime citation: «La brutalité est le recours de ceux qui n'ont plus de pouvoir intérieur. »

