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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Les humanitaires opérant en Somalie sous la pression des shebab

L'influence des jihadistes étrangers et d'el-Qaëda va grandissant dans la Corne de l'Afrique.

Sous l'influence croissante de jihadistes étrangers, les insurgés somaliens radicaux - les shebab - se font de plus en plus menaçants envers les rares organisations humanitaires internationales opérant encore en zone islamiste, dans le centre et le sud de la Somalie.
En fin de semaine, les shebab se sont emparés des locaux à Baïdoa d'une agence de l'ONU spécialisée dans le déminage (UNMAS), après en avoir interdit les activités au motif qu'elle aurait notamment « incité (...) à la rébellion contre l'administration islamique ». L'incident est le dernier épisode d'une campagne implacable des shebab contre les organisations humanitaires étrangères qui tentent de venir en aide aux populations dans les territoires qu'ils contrôlent. Ces ONG et agences de l'ONU sont la cible d'un harcèlement quotidien et permanent, sur des motifs les plus divers et souvent motivés par l'argent. Mais début novembre, les insurgés ont annoncé la mise en œuvre imminente dans la région de Bay et Bakool (200 km au nord-ouest de Mogadiscio) d'une nouvelle réglementation leur imposant « 11 conditions » drastiques. Ils exigent ainsi que les humanitaires cessent « d'interférer avec la religion islamique », qu'ils licencient leurs personnels féminins et, plus prosaïquement, qu'ils paient tous les six mois une taxe de 20 000 dollars. En juillet, les shebab avaient déjà interdit à trois organismes des Nations unies (PNUD, UNPOS et UNDSS), qualifiés « d'ennemis de l'islam », de travailler en Somalie et leurs locaux avaient été pillés.
Les « 11 conditions », qui ne sont pas sans rappeler la législation ultrarépressive imposée aux ONG sous le régime des talibans à Kaboul (1996-2001), ne s'appliquent pour l'instant qu'à Bay et Bakool. Réputé pour son extrémisme et ses appels aux meurtres contre les « infidèles » et leurs supposés « espions », le gouverneur shebab de la région, cheikh Mahad Omar Abdikarim, en est le principal maître d'œuvre. Le gouverneur Mahad « est actuellement la personne-clé dans ce dossier », confirme une source onusienne. Des négociations se poursuivent avec les notables locaux et leaders communautaires, qui sont opposés à la mise en œuvre de telles mesures. Le principal interlocuteur des organisations étrangères, cheikh Mukhtar Robow, figure historique de la hiérarchie shebab, « n'est pas impliqué dans ces négociations », explique la même source. « Il a clairement déclaré que la décision d'imposer les 11 conditions relevait du gouverneur et qu'il n'interviendrait qu'en cas d'échec des discussions ». C'est le signe que cheikh Robow, dit « Abu Mansour », pourtant un vétéran de l'Afghanistan et l'un des visages les plus connus des shebab, « a perdu de son influence au profit des éléments les plus radicaux ». Toujours selon la source onusienne, « la situation dans Bay et Bakool doit être analysée à la lumière de la stratégie générale des shebab, désormais largement influencée par les jihadistes étrangers » d'el-Qaëda.
Le gouverneur Mahad est un fervent partisan de ces volontaires internationaux, qu'il appelle régulièrement à venir faire le jihad (guerre sainte) en Somalie. Avec la multiplication des attentats-suicide, la campagne contre les humanitaires est une nouvelle illustration de l'influence grandissante des jihadistes étrangers au sein des shebab. Elle se déroule alors que des rumeurs persistantes, non confirmées à ce jour, font état de l'arrivée à la tête de la milice islamiste du Comorien Fazul Abdullah, leader supposé d'el-Qaëda dans la Corne de l'Afrique, en remplacement de « l'Émir » somalien Ahmad Abdi Godane, dit cheikh Mukhtar « Abu Zubaïr ».

 

Hervé BAR (AFP)

Sous l'influence croissante de jihadistes étrangers, les insurgés somaliens radicaux - les shebab - se font de plus en plus menaçants envers les rares organisations humanitaires internationales opérant encore en zone islamiste, dans le centre et le sud de la Somalie.En fin de semaine, les shebab se sont emparés des locaux à Baïdoa d'une agence de l'ONU spécialisée dans le déminage (UNMAS), après en avoir interdit les activités au motif qu'elle aurait notamment « incité (...) à la rébellion contre l'administration islamique ». L'incident est le dernier épisode d'une campagne implacable des shebab contre les organisations humanitaires étrangères qui tentent de venir en aide aux populations dans...
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