Changement de décor : à Copenhague, la semaine dernière, les deux plus gros pollueurs de la planète, les États-Unis et la Chine, ont envoyé sur les roses le sommet onusien sur le changement climatique, ce Cop 15 dont deux semaines durant on attendait tant, au motif qu'il est interdit de jouer dans la cour des aînés quand on ne peut se targuer de figurer dans le très select club des seniors. Dame ! On a le droit d'afficher une telle morgue quand on est catalogué plus gros exportateur du monde, qu'on dispose de 2,3 trillions de dollars de réserves de change, qu'on est le plus important créditeur des USA, qu'on bénéficie cette année d'un taux de croissance de 8,5 pour cent, chiffre censé passer à 10 pour cent l'an prochain. Peut-être serait-il inélégant, à ce point précis, de rappeler certains pieds d'argile de toute récente mémoire et la vanité de l'or de ce monde. Mais il est difficile de résister au plaisir de le faire quand la bonne santé se fait par trop insolente, et scandaleusement évident le mépris des autres.
Peu leur chaut à ceux-là que la banquise soit menacée de disparition vers l'an 2050 ou que le Congo ploie sous le poids de 40 000 gigatonnes de CO2. Au rythme où nous détruisons notre flore et notre faune - accessoirement aussi nos semblables -, il faudra un demi-siècle pour que le thermomètre pousse une nouvelle pointe, de 4 degrés cette fois. Mais cela n'empêchera surtout pas les maîtres de nos destinées de dormir, ni ne fera changer d'avis ceux, ils sont nombreux, qui se disent convaincus d'un échec encore plus flagrant demain à Bonn, après-demain à Mexico, dans le prolongement de la conférence du Bella Center.
Ce qui est valable pour le temps qu'il fera demain l'est tout autant pour la politique. On n'est pas près d'oublier le célèbre « le Vatican ? Combien de divisions ? » du petit père des peuples, plus d'actualité que jamais si l'on songe à la question de Palestine, pour ne citer qu'un seul, le plus proche de nous, des problèmes qui risquent pourtant, à tout instant, d'embraser le globe. On devrait se souvenir pourtant que des causes relativement minimes - même un coup d'éventail, même un assassinat, même les battements d'ailes d'un papillon - peuvent avoir des conséquences désastreuses. La coupable légèreté avec laquelle sont traités certains problèmes, l'amateurisme dont font montre certains n'en paraissent que plus impardonnables.
Il est inquiétant de voir aujourd'hui les spin doctors tenter de nous rassurer sur notre sort en rappelant que, par le passé, des apprentis Nostradamus s'étaient amusés à oser des prédictions qui ne se sont jamais réalisées. Certes, en quelques centaines de millions d'années, des continents ont disparu et d'autres sont nés, des nations aussi et des peuples. Certes encore, les experts restent partagés sur les risques que représentent les changements climatiques, tout comme d'autres demeurent en désaccord entre eux sur les effets du nouveau « surge » décidé par Barack Obama en Afghanistan, sur les retombées régionales du programme nucléaire iranien ou encore sur l'avenir politique de M. Mahmoud Abbas, si tant est qu'il les intéresse. Est-ce là des raisons de s'obstiner à voir l'avenir en rose ?
Il reste malgré tout quelques petites lueurs d'espoir en cette inquiétante fin d'année. Celle-ci par exemple : la compagnie Walt Disney propose de rembourser les acheteurs des DVD Baby Einstein dont les enfants ne se sont pas mués, avec l'âge, en petits génies. Oui, mais il sera bien difficile de trouver quelqu'un pour vous dédommager quand la terre sur laquelle vous marchez se sera transformée en rôtissoire. Et d'ailleurs, dédommager qui, dites-le moi ?...

