Hillary Clinton lors de son discours, hier à Copenhague. Olivier Morin/AFP
La déclaration de la secrétaire d'État américaine hier en matinée, dans laquelle elle a parlé de la collecte de fonds qui atteindront 100 milliards de dollars (par an) d'ici à 2020, permettait d'espérer un certain déblocage. La chancelière allemande Angela Merkel, réputée pour être la plus récalcitrante en Europe pour ce qui est du financement à long terme, a elle aussi avancé ce chiffre dans son discours en salle plénière l'après-midi. Idem pour le président français Nicolas Sarkozy, qui a évoqué un objectif de 100 milliards de dollars d'ici à 2020, avec une mention claire à la proposition du Premier ministre éthiopien Meles qui, parlant au nom de l'Afrique, a suggéré la création d'un « groupe de travail pour répartir les fonds de manière équitable ». Une proposition qui, selon les informations, viendrait des négociations bilatérales entre M. Sarkozy et M. Meles antérieurement.
Un optimisme prudent
La déclaration de Mme Clinton a donc été perçue comme positive au sommet, sachant qu'elle a parlé de « sources diverses » de financement, et précisé que ces sommes seraient consacrées « aux plus pauvres et vulnérables d'entre nous ». Mais beaucoup considèrent que ce ne serait pas assez pour débloquer des négociations difficiles à plus d'un point de vue. Il reste la répartition du financement par pays (Mme Clinton n'a pas précisé quelle serait la contribution américaine) et région, du système à adopter...
Et puis la position de la Chine reste une inconnue. Hier, dans la salle de conférence de presse du « Bella Center », He Yafei, vice-ministre chinois des Affaires étrangères, a limité le nombre de questions à deux, et est sorti de la salle avant de répondre à la question de l'un des journalistes sur son commentaire concernant la déclaration de Mme Clinton en matinée. Mais il avait assuré auparavant que la question des fonds, « surtout aux pays les plus vulnérables », pourrait décider du succès ou de l'échec de Copenhague, réitérant son affirmation que « la Chine reste optimiste, malgré le peu de temps qui reste et la difficulté des négociations ».
Malgré l'importance de la question du financement, il reste aussi celle des baisses d'émissions, encore plus essentielle pour la lutte contre le changement climatique (sera-t-elle éclipsée par la première ?) : les pays en négociations pourront-ils s'entendre sur un plafond d'émissions ? Rien ne permet encore de le croire vraiment, surtout qu'il reste le clivage à ce propos entre pays développés et émergents. He Yafei, encore lui, a rappelé que la Chine « reste un pays en développement, non développé, qui doit faire face à la lutte contre la pauvreté sur son territoire ». Selon certaines sources, cette question, si elle n'est pas résolue, pourrait être reportée à plus tard.
Quelle conclusion peut-on donc espérer aujourd'hui pour le sommet de Copenhague ? Plus d'une indication permettait hier de constater l'intensité des négociations et l'incertitude régnante. D'une part, selon des sources bien informées, les discussions sur les documents en relation avec l'avenir de Kyoto et avec l'application de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique se poursuivaient dans des sessions fermées entre parties, et non en séance plénière. C'est la ministre danoise de l'Énergie, Connie Hedegaard, qui a demandé aux délégations, dès le matin, de se réunir en comités réduits. D'autre part, fait surprenant, le secrétaire général de l'UNFCCC, Yvo de Boer, a inopinément annulé son briefing en soirée, alors que sa conférence de presse était annoncée par micro au « Bella Center ».
Toutefois, toutes les sources interrogées s'accordent sur un point : l'accord qui pourrait résulter de Copenhague portera sur les quelques points de consensus (appui à la lutte contre le déboisement...), peut-être une entente politique sur le financement, mais beaucoup de points pourraient être reportés à l'avenir, aux négociations à suivre. À moins d'un effondrement total.

