«Nous sommes tous des conteurs, confie Nadine Touma. Chacun, à sa manière, avec ses moyens, peut raconter une histoire. » Il n'y a pas de règles ni de standards hermétiques chez Dar Onboz, mais un système de valeurs respecté depuis le début. Une politique d'édition bien établie pour cette maison qui embrasse des talents divers (aucun livre ne ressemble à l'autre) et qui est devenue son label : « C'est le contact humain qui prime chez nous, avoue Touma. Les rencontres sont à la base de toute création et notre rôle à nous éditeurs c'est de trouver la bonne alliance. D'une part, entre les auteurs et graphistes et entre le lecteur et l'ouvrage, de l'autre. » Et de poursuivre : « À travers les ouvrages édités, nous avons toujours essayé de créer des moments intimes entre cette page de textes et d'images et celui qui la tourne. » Toute personne peut se découvrir conteur. Ainsi le dernier-né de la maison d'édition, Time Flies de Susana Reisman, qui a été sélectionné en Corée, est un espace de liberté traversé de pages blanches qui interpellent le regard et invitent le lecteur à imaginer sa propre histoire. Ce sont ces objets du quotidien (aiguilles d'une montre) transformés en vol d'hirondelles, ces chiffres qui s'enlacent, s'entrelacent pour ne plus composer qu'une sarabande, des cercles et même des nuages. C'est cet esprit qui s'envole encore plus haut pour atteindre l'imaginaire « en créant des liens à partir de rien », ajoute Touma. « C'est également ce monde de silence - "silent book", n'est-ce pas un joli mot et tellement évocateur ? - où, en accompagnant l'enfant dans sa lecture, le parent lui permet de poser des questions, d'interpréter les plages de non-dit et devenir lui-même écrivain. » « Nous savons quel risque nous prenons en éditant un tel livre, dit Nadine Touma en rigolant, mais le projet s'inscrivait tellement dans notre vision éditoriale et dans les choix que nous faisons que nous avons voulu foncer. »
Que de rencontres !
Dar Onboz, c'est donc cet espace de liberté où chacun s'exprime à sa façon, en images et toujours dans la langue arabe, voire libanaise. C'est cet espace qui a accueilli récemment Georgia Makhlouf, romancière de langue française, qui a créé le premier opus de l'histoire de deux enfants, Dima et Maher, mais également la bédéiste Michèle Standjovsky qui, dans un grand cahier de dessins et de jeux, à l'allure d'un album de photos de Beyrouth en langue parlée, invite à voir sa vision de la ville.
C'est aussi ces « flips », sorte de petits livrets en éventail où nombre d'auteurs se sont amusés à animer des fragments de rêves, ou encore ce projet de comptines, né de l'esprit de Najla Jreissati Khoury. Une création en images qui deviendra un jour en musique. « L'objectif de ces comptines, précise Nadine Touma, ce n'est pas de réveiller une nostalgie stérile, mais de partager avec les grands et les petits le respect du patrimoine
culturel. »
Dar Onboz, c'est cette liberté que s'accordent les trois piliers de cette famille, Nadine Touma (rédaction et mise en scène), Sivine Ariss (musique et mise en scène) et Raya Khalaf (direction artistique), quant au choix du papier (souple ou dur), des couleurs (monochromes ou non) et au mariage de la musique aux textes.
Une chaîne du livre que ces trois battantes portent à bout de bras en essayant de raccorder les maillons. « Nous nous sentons souvent seules, embarquées dans cette grande aventure, mais grâce aux ONG qui nous soutiennent en collaborant à nos projets qu'elles diffusent par l'intermédiaire des bibliothèques publiques et écoles ; grâce aux artistes de plus en plus nombreux qui comprennent notre vision, comme récemment le collectif Kahraba pour les marionnettes, nous ne baissons pas les bras. »
Il semble, bien au contraire, qu'il y a encore beaucoup à parcourir avec Dar Onboz, beaucoup de pages à feuilleter, de mots à découvrir, d'images à savourer et de rêves à rêver. Une famille bien soudée qui continue à grandir et à injecter en nous des milliers d'émotions.
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