À Washington, le président libanais a rappelé ce qu'il avait déclaré dans son discours d'investiture, notamment que le Hezbollah est né lorsqu'il y avait un vide institutionnel et que l'armée paralysée par les troubles internes ne pouvait accomplir sa mission de défense du pays. C'est donc le Hezbollah qui a réussi à pousser les soldats israéliens à se retirer du Liban en 2000 et qui a affronté l'agression israélienne en 2006. Il a aussi demandé aux responsables américains de fournir des armes à l'armée libanaise pour que l'État puisse absorber la résistance. Il a aussi évoqué une liste d'armes nécessaires à l'armée qu'il avait remise à Jeffrey Feltman, ambassadeur des États-Unis au Liban alors que lui-même était commandant en chef de l'armée. De leur côté, les Américains ont posé le problème de la menace que constitue le Hezbollah pour Israël et pour la stabilité dans la région, s'élevant contre l'afflux d'armes en provenance de Syrie et d'Iran. La résolution 1559, qui a été à l'origine de la profonde division qui a marqué le pays au cours des quatre dernières années, n'a pas été évoquée, même si les armes du Hezbollah ont pesé sur les entretiens entre les responsables américains et libanais. Tout comme l'idée d'ouvrir un canal de négociations direct entre Israël et le Liban est restée en filigrane, sans que l'administration américaine se fasse beaucoup d'illusions sur la possibilité pour le Liban d'entamer séparément un tel processus dans le contexte actuel.
La visite de Washington ne constitue donc pas un tournant dans la vie politique libanaise, mais elle a permis une reconnaissance officielle au plus haut niveau mondial de la normalisation de la situation au Liban, grâce à la rencontre entre Obama et Sleiman, qui redonne sa place à la présidence de la République et confirme aussi son rôle de rassembleur entre toutes les parties libanaises. De même, le discours tenu (au moins officiellement) par les dirigeants américains est devenu moins catégorique, reflétant la nouvelle orientation de la politique américaine axée sur le dialogue et ne considérant plus le Liban comme une priorité dans la région, mais comme un facteur de la stabilité régionale.
La parenthèse américaine fermée, les regards se tournent de nouveau vers le Premier ministre et sa visite prévue à Damas. Les sources proches de la Syrie insistent sur le fait qu'elle aura forcément lieu et que c'est le prince Ablel Aziz ben Abdallah qui s'occupe exclusivement de ce dossier avec les responsables syriens et avec Hariri lui-même. À ceux qui évoquent l'affaire des commissions rogatoires frappant certaines personnalités libanaises, les mêmes sources rappellent qu'il s'agit d'une affaire judiciaire dans laquelle les autorités politiques n'ont rien à voir. Elles rappellent aussi que certaines personnalités libanaises affirment, lorsqu'elles sont interrogées sur les accusations portées contre la Syrie dans l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, que l'affaire est entre les mains du TSL et que les accusations sont purement politiques. En d'autres termes, les tiraillements persistent entre les deux camps, en dépit des promesses d'ouverture ; et les Syriens semblent vouloir rendre au centuple les coups qui leur ont été portés. Mais officiellement, cela ne remet pas en cause la tendance générale à l'ouverture et à la normalisation des rapports... C'est dire combien ces rapports entre Libanais et Syriens demeurent compliqués, et qu'au sein d'un même courant, les avis restent partagés sur cette question. En somme, toutes les énigmes ne sont pas près d'être résolues.


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