Silvio Berlusconi (à gauche) a été agressé par un déséquilibré dimanche à Milan. L’auteur de l’attaque est incarcéré dans une cellule isolée. Photo Reuters
« Nous ferons une nouvelle fois le point demain (mardi) puis nous déciderons s'il sort ou non. Les conséquences sont plus graves qu'on ne le pensait et il ne pourra pas sortir avant 24 à 36 heures », a indiqué son médecin personnel devant l'hôpital San Raffaele où est soigné le président du Conseil italien. Selon le docteur Alberto Zangrillo, M. Berlusconi souffre d'un fort mal de tête et se nourrit avec difficulté à cause de ses blessures.
Son agresseur, qui a été incarcéré dans une cellule isolée à Milan pour « blessures
aggravées préméditées », est surveillé en permanence par un gardien. Massimo Tartaglia, 42 ans, qui a utilisé comme arme une reproduction de la cathédrale gothique de Milan, était soigné depuis dix ans pour troubles mentaux. Son père a téléphoné à l'hôpital où est suivi le chef du gouvernement pour exprimer sa « consternation ».
Mais, pour la presse comme pour la classe politique, l'agression, même si elle a été commise par un déséquilibré, illustre « une grave dégradation du climat politique en Italie », écrit La Repubblica (gauche). « Ce qui est arrivé résulte d'un climat de haine », a déclaré Paolo Bonaiuti, porte-parole de M. Berlusconi. Selon lui, le chef du gouvernement lui avait justement demandé en se rendant au meeting : « Il y a une telle spirale de la haine, tu ne penses pas qu'il peut se produire quelque chose ? » Pour Il Giornale (droite), quotidien de la famille Berlusconi, « l'assaillant est un fou, mais les commanditaires moraux sont connus même chez certains hommes politiques de centre droit ». « Tout le monde doit se sentir responsable », a estimé pour sa part Rosy Bindi, une dirigeante du Parti démocrate (PD, gauche), principal parti d'opposition. « Même le président du Conseil et sa majorité qui depuis des mois divisent le pays avec des attaques lourdes contre le président de la République, la Cour constitutionnelle, la magistrature et le Parlement », a-t-elle ajouté.
Le climat politique est alourdi par les procès en cours contre Berlusconi, pour faux en bilan et corruption de témoins, les scandales sexuels et, plus récemment, les accusations d'un mafieux repenti à son encontre. M. Berlusconi se dit victime d'un « complot » de la gauche qui sème « la haine et l'envie », des médias, accusés de répandre « mensonges et calomnies », et des « juges politisés ». Dans ce climat délétère, la presse s'interrogeait sur les « lacunes » dans la protection du chef du gouvernement et relevait deux carences : qu'un homme ait pu s'approcher si près, et que Berlusconi n'ait pas été évacué immédiatement. Le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni a pour sa part estimé qu'il « n'y (avait) rien à reprocher » aux gardes du corps de Berlusconi.
Le président du Conseil a reçu des appels du président français Nicolas Sarkozy et du Premier ministre russe Vladimir Poutine, ainsi qu'un message de soutien du Premier ministre britannique Gordon Brown.

