Arrivés pour la plupart vers 6 h à Roissy, ils sont informés une heure avant le vol qu'un léger retard est à prévoir. Renseignements pris, il s'avère qu'une panne a été décelée à bord de l'avion et que les techniciens s'employaient à en déterminer l'origine. Ce qui a leur a pris un certain laps de temps au bout duquel les passagers parviennent à savoir, dans le brouhaha des protestations, qu'un autre avion sera affrété.
C'est alors que commence une longue, très longue, interminable attente de plus de quatorze heures, tout au long de laquelle les passagers seront constamment maintenus dans le flou le plus total quant au sort qui leur était réservé. Une longue, très longue attente de plus de quatorze heures au cours de laquelle aucun responsable de la compagnie n'a daigné s'adresser aux passagers, pour leur présenter des excuses, ou tout au moins leur expliquer ce qui se passait et quelles mesures la compagnie envisageait de prendre. Une longue attente au cours de laquelle les passagers ont été maintenus dans l'incertitude totale quant au timing de leur départ. Une longue attente au cours de laquelle les employés en charge ont systématiquement trompé les passagers. Car à 11 h, l'un des passagers a été informé par un appel téléphonique de Beyrouth que le vol était prévu pour 21 h, ce que les employés de terre refusaient constamment d'admettre, alors que l'information en provenance de Beyrouth était plus que fiable.
Durant cette longue attente, aucun repas chaud n'a été proposé aux passagers. Rien que des sandwiches et des boissons, en dépit du fait que les passagers étaient à l'aéroport depuis 6 heures du matin. Au cours de cette longue attente, la direction de la compagnie n'a nullement songé à loger dans une chambre d'hôtel les personnes âgées, les parents accompagnés d'enfants en bas âge. Pourtant, cette même direction savait parfaitement depuis la fin de la matinée que l'attente allait se prolonger jusqu'en fin de soirée, puisque l'un des passagers en avait été informé dès 11 h
à partir de Beyrouth et qu'il avait pris soin de transmettre l'information aux employés de terre de la compagnie. Durant cette longue attente, la compagnie n'a pas jugé bon d'assurer, jusqu'en milieu d'après-midi (et peut-être même jusqu'en soirée) un lait spécial dont avaient besoin des jumeaux en bas âge qui faisaient partie du vol.
Les accidents de parcours peuvent arriver à tout instant et font partie de la règle du jeu. Mais empêchent-ils pour autant des responsables d'une compagnie aussi prestigieuse qu'Air France de faire montre d'un minimum d'égard et de respect, de faire preuve de transparence, dans ses rapports avec les passagers ? Et une question se pose avec acuité, en conclusion : la direction de la compagnie songera-t-elle à assumer la responsabilité, vis-à-vis des passagers du vol 566, des défaillances et des louvoiements de cette interminable et mémorable journée ?

