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Moyen Orient et Monde - Reportage

Pratiques sunnites et chiites : un manuel scolaire fait scandale en Irak

Pour rompre avec 80 ans de domination sunnite qui a pris fin avec la chute de Saddam Hussein en 2003, le gouvernement a mis au pilon l'ancien manuel montrant uniquement la version sunnite de la prière.

L’Irak compte 6,5 millions d’élèves de 6 à 17 ans et 525 000 enseignants. Ali al-Saadi/AFP

Quand Rana, âgée de 7 ans, lui a montré fièrement ses livres de classe, sa mère est restée interdite devant le manuel scolaire islamique qui fait la distinction entre pratiques sunnites et chiites. « J'étais choquée car je ne crois pas que ce soit une idée judicieuse de montrer ces différences à des enfants de six ou sept ans », s'exclame Souhair Abdel Khaliq, 30 ans, qui habite Tunis, un quartier mixte du nord de la capitale irakienne.
Le chapitre V de ce livre publié en 2008 par le ministère de l'Éducation, intitulé « Ablutions et prière », montre les photos d'un gamin sunnite en dichdacha (robe masculine) et coiffé d'une calotte blanche en train de se laver les bras, d'humecter ses cheveux, de passer les pieds sous un robinet avant de prier les deux mains sur le ventre. D'autres photos montrent un jeune chiite en t-shirt et pantalon noirs. Il fait aussi sa toilette comme le sunnite, mais ne mouille que légèrement ses pieds et prie les bras le long du corps. À aucun moment, les mots « chiite » ou « sunnite » ne sont mentionnés, mais une formule plus ambiguë précise : « rite selon les enseignements de certains juristes musulmans ».
« Ces images vont distiller des idées fausses dans la tête des enfants. L'école n'a pas pour mission de leur inculquer qui est sunnite et qui est chiite car cela conduit à une discrimination confessionnelle », ajoute Souhair Abel Khaliq qui est chiite. « L'islam est unique et il n'y a qu'un Dieu. Il faut leur enseigner la religion en général, l'importance de la religion et de la prière. C'est tout », estime cette fonctionnaire.
Pour rompre avec 80 ans de domination sunnite qui a pris fin avec la chute de Saddam Hussein en 2003, le gouvernement, dominé par les chiites, a mis au pilon l'ancien manuel montrant uniquement la version sunnite de la prière. Mais la nouvelle édition destinée aux élèves de maternelle a suscité une telle levée de boucliers que le ministère a finalement fait marche arrière. « Comme il a provoqué un émoi, nous en éditerons un nouveau l'an prochain. Les discussions se poursuivent avec toutes les composantes de la société et nous prendrons en compte leurs remarques », promet Mohsen Abed Ali, conseiller du ministre de l'Éducation.
En Irak, les chiites représentent environ 59 % de la population, les sunnites 23,5 % et les Kurdes environ 15 %. L'Irak, en dehors du Kurdistan, compte 6,5 millions d'élèves de 6 à 17 ans et 525 000 enseignants. Des enseignants aussi sont mécontents. « Après avoir exprimé nos critiques lors d'une réunion, les responsables du ministère nous ont demandé d'ignorer ce chapitre et c'est ce que nous faisons » en attendant la nouvelle version, confie Nihad Sabri Najem, professeur principal de l'école élémentaire de Zouhour, dans le nord de la capitale.
Dans ce pays - qui a entrepris une refonte totale des livres scolaires, d'abord pour retirer la photo de Saddam Hussein qui figurait systématiquement en première page -, le directeur général de la « Compagnie publique de fournitures scolaires », qui publie 80 % des livres scolaires, se défend d'avoir commis un impair. « En 2008, nous avons réimprimé 175 manuels et 139 en 2009, dont 38 nouveaux titres », assure Nayef Thamer qui ajoute que des experts de l'Éducation et des religieux avaient été consultés pour le manuel d'éducation et que « tous avaient approuvé son contenu ». « Je ne vois pas ce qu'il y a de dérangeant à montrer les deux manières de prier, car de toute façon l'enfant priera comme ses parents », estime pour sa part Chayma Walid, une mère de famille sunnite de 29 ans, qui s'étonne de tout ce tollé.

 

Marwa SABAH (AFP)

Quand Rana, âgée de 7 ans, lui a montré fièrement ses livres de classe, sa mère est restée interdite devant le manuel scolaire islamique qui fait la distinction entre pratiques sunnites et chiites. « J'étais choquée car je ne crois pas que ce soit une idée judicieuse de montrer ces différences à des enfants de six ou sept ans », s'exclame Souhair Abdel Khaliq, 30 ans, qui habite Tunis, un quartier mixte du nord de la capitale irakienne.Le chapitre V de ce livre publié en 2008 par le ministère de l'Éducation, intitulé « Ablutions et prière », montre les photos d'un gamin sunnite en dichdacha (robe masculine) et coiffé d'une calotte blanche en train de se laver les bras,...
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