Barack Obama exposant fièrement son diplôme et sa médaille honorifiques. John McConnico/Pool/Reuters
En donnant une véritable leçon de « guerre et paix » devant une assemblée conquise, M. Obama a tenté de désamorcer les critiques ravivées par sa décision, le 1er décembre, d'intensifier l'action militaire en Afghanistan, à quelques jours de la remise du Nobel. « Je ne peux rester inactif face aux menaces qui pèsent sur le peuple américain. Car ne vous leurrez pas : le mal existe dans le monde », a-t-il dit. La non-violence n'aurait pas suffi à stopper les armées d'Hitler, ni à convaincre el-Qaëda de déposer les armes, a-t-il fait valoir. « Donc oui, les outils de guerre ont un rôle à jouer pour préserver la paix », a-t-il affirmé. « Et pourtant, cette vérité doit coexister avec une autre : aussi justifiée soit-elle, la guerre promet une tragédie humaine », a-t-il ajouté, assurant avoir « un sens profond du coût des conflits armés ».
L'influent secrétaire du comité Nobel, Geir Lundestad, a estimé qu'il était « tout à fait acceptable » de la part de Barack Obama de justifier le recours à la guerre tout en recevant le prix Nobel de la paix. « Il a osé soulever les questions difficiles en mettant le doigt sur l'équilibre très délicat entre guerre et paix et pourquoi, dans certaines circonstances, on ne peut pas échapper à la guerre (...) Il nous montre combien c'est difficile d'assurer la paix sans recourir à la guerre, mais il défriche aussi des solutions pour éviter la guerre », a déclaré à l'AFP M. Lundestad, jugeant le discours du président américain « absolument fantastique ».
Lorsqu'elle est nécessaire, la guerre ne doit pas être menée en sacrifiant les idéaux d'une nation, a précisé le président américain. Dans un coup de griffe à son prédécesseur George W. Bush, M. Obama s'est flatté d'avoir interdit le recours à la torture et d'avoir ordonné la fermeture de la prison de Guantanamo. Il s'est aussi dit favorable à la définition d'alternatives à la violence telles que des sanctions véritablement efficaces et de fortes pressions internationales. « Il nous revient aussi d'insister pour que des nations comme l'Iran et la Corée du Nord ne flouent pas le système », a-t-il dit.
Évoquant la surprise soulevée par l'attribution du prix moins de neuf mois après son entrée en fonction, le président Obama a indiqué qu'il ne se sentait pas digne de côtoyer Nelson Mandela, Martin Luther King ou encore Albert Schweitzer dans la prestigieuse galerie des Nobel. « J'aurais tort si j'ignorais la controverse considérable que votre décision a soulevée », a-t-il dit, en s'adressant aux cinq membres du comité Nobel. « Je suis au début, non à la fin, de mes efforts sur la scène mondiale. » Le président s'est engagé à suivre la même voie : consolidation de la paix et de la sécurité dans le monde, stabilisation de l'Afghanistan, lutte contre le changement climatique et efforts pour une planète débarrassée des armes nucléaires.
Deux Américains sur trois estiment que M. Obama ne mérite pas le Nobel de la paix, selon un sondage paru cette semaine. Plusieurs organisations ont appelé à manifester hier à proximité de l'hôtel où séjourne le lauréat pour protester notamment contre l'engagement militaire en Afghanistan. Près de l'Institut Nobel, où il a signé le livre d'or, flottait une banderole « Obama, tu as gagné le prix, maintenant mérite-le ». Avant de lui remettre le prix, le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, s'est employé à étouffer la voix de ceux qui déplorent une récompense prématurée. « L'histoire est remplie d'occasions perdues. C'est maintenant, aujourd'hui, que nous avons l'occasion de soutenir les idées du président Obama », a-t-il dit, précisant que le prix était « un appel à l'action pour nous tous ».
Les Nobel de littérature, chimie, physique, médecine et sciences économiques devaient également être remis hier, mais à Stockholm.

