Quoi qu'il en soit, cette mesure reste un coup d'épée dans l'eau : non seulement la procédure d'usage entre les deux pays n'a pas été respectée, surtout que les convocations incluent la plus haute autorité judiciaire libanaise, le procureur général Saïd Mirza, aussi bien qu'un élu du peuple, Marwan Hamadé, mais les responsables syriens se sont empressés, après d'intenses contacts au plus haut niveau, de geler cette décision.
Il va sans dire que les milieux de la majorité à Beyrouth se sont fortement étonnés de voir le régime syrien avaliser ce genre de comportement à la veille des préparatifs de la visite de Saad Hariri à Damas. Surtout que parmi les personnes convoquées, figurent des (très) proches conseillers du Premier ministre : Nader Hariri, Hani Hammoud, Nadim Mounla... Dans ce cas, comment Saad Hariri se rendrait-il à Damas avec, dans la délégation qui l'y accompagne, des gens réclamés par la justice syrienne ? Et comment le PM accepterait-il de s'y rendre sans son cercle le plus proche ? Dans les deux cas, la décision syrienne est on ne peut plus malsaine à l'aune d'une éventuelle volonté d'assainir les relations entre Beyrouth et Damas, et si la Syrie n'a pas particulièrement envie de recevoir Saad Hariri, elle n'a qu'à l'annoncer clairement et franchement.
Sauf que des sources de la majorité pensent que derrière cela, il y a aussi une volonté syrienne d'obtenir « quelque chose » de la part du chef de la majorité parlementaire libanaise « avant » sa visite ; comme un bien curieux et bien insultant message l'enjoignant de faire attention à son entourage...
Il n'empêche : des responsables libanais se sont empressés de faire en sorte que cette mesure judiciaire syrienne soit ajournée ou carrément annulée, surtout que Damas a bien compris qu'elle a été perçue comme une tentative syrienne de parasiter la visite de Saad Hariri. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, des milieux du 8 Mars ont jugé la décision de Damas « naturelle », comme une détermination syrienne à faire toute la lumière sur l'assassinat de Rafic Hariri et à prouver, selon Damas, qu'il y a bel et bien des Libanais qui ont essayé de politiser le Tribunal spécial.
Est-ce que tout cela va pousser à l'annulation pure et simple de la visite de Saad Hariri à Damas ? Non, assurent des sources bien informées, parce que ce déplacement bénéficie d'une couverture régionale, qu'il sera le premier fruit du rapprochement interarabe et du rabibochage syro-saoudien. Voilà pourquoi des contacts ont très vite été établis entre Beyrouth et Damas pour clore ce dossier et paver la voie à cet aller-retour qui ne se ferait pas, répète-t-on, avant le 14 février 2010.

