Le ministre Mohammad Rahhal.
Que peut bien dire le nouveau ministre de l'Environnement, Mohammad Rahhal, sur la position libanaise concernant les négociations sur le changement climatique ? Comportera-t-elle des chiffres sur la limitation des émissions mondiales et un plafond pour la hausse des températures ? « Le Liban fait partie du G77, ce groupe de pays en développement pour lesquels il ne sera pas demandé de réduire leurs émissions, explique-t-il. Le Liban n'est responsable que de 0,07 % des émissions mondiales, la région arabe dans son intégrité de 5 % seulement. Ce que les Nations unies nous demandent, c'est d'avoir en main des dossiers sur des projets d'adaptation aux effets du changement climatique afin de pouvoir profiter des aides internationales. Mais le Premier ministre a voulu faire du Liban un exemple et s'engagera dans son discours à en réduire les émissions, même si ce n'est pas requis. D'autre part, nous perdons chaque année 100 millions de dollars en raison des effets du changement climatique, nous revendiquerons donc des aides pour les surmonter. Enfin, le Liban a un rôle politique à jouer dans le cadre du G77 et des pays arabes, pour faire pression sur les pays industrialisés afin qu'ils parviennent à un accord. »
Mais justement, le Liban fera-t-il un lobbying pour que soit imposé le taux de 40 % de réduction des émissions des pays industrialisés d'ici à 2020 (conformément aux recommandations du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, GIEC) ? « De là vient l'importance de la participation personnelle du Premier ministre à la tête de la délégation libanaise, avec ses contacts au sein des pays arabes et du G77, répond M. Rahhal. Le taux de 40 % sera donc présent dans leurs revendications, parce que des pays comme le Liban subissent le changement climatique sans l'avoir causé. Les ministres arabes de l'Environnement se sont mis d'accord sur ce point. »
Trouve-t-il donc que la position libanaise est assez ferme ? « La position libanaise est ferme, et la présence du Premier ministre lui donnera encore plus de valeur et de force », estime-t-il.
Projet de taxis hybrides
Sur la question des projets de réduction d'émissions que le Liban compte présenter à Copenhague, le ministre préfère rester discret, voulant garder au Premier ministre la primeur de leur annonce sur place. Il nous donne quand même quelques indications. « Le premier projet consiste à faire en sorte d'élever à 12 % le taux d'énergie produite à partir d'énergies renouvelables, explique-t-il. Ce taux nous a paru raisonnable, afin de ne pas faire des promesses que nous n'arriverons pas à tenir, mais rien n'empêche qu'il soit dépassé. Nous produisons déjà 3 à 4 % de notre électricité à partir de l'énergie hydraulique qui est une énergie propre. Par la construction de nouveaux barrages, nous pourrions élever cette proportion à 12 % d'ici à 2020. Or, d'ici là, la consommation d'électricité aura augmenté, d'où le fait que les 12 % représentent plus qu'ils ne sont aujourd'hui. Le second projet devra être discuté avec les spécialistes et consistera à faciliter l'entrée des véhicules hybrides au Liban par une baisse ou une exemption de taxes et à encourager leur utilisation par les chauffeurs de taxis. »
Qu'en est-il des autres énergies alternatives ? Pourquoi ne pas les citer ? « Le ministère lancera, juste après Copenhague, l'Atlas des vents qui déterminera quelles régions seront propices à la construction d'éoliennes », dit-il.
Et les mesures d'adaptation ? « Le Premier ministre aura également des dossiers sur ce point à Copenhague, souligne M. Rahhal. Il a déjà commencé ses contacts avec des ambassadeurs pour le financement de projets futurs. Nous parlerons de soutien au secteur agricole qui sera le plus touché par le changement climatique. Le second projet aura trait à l'amélioration dans la production d'énergie. »
Un plan d'action pour appliquer une stratégie
Le ministre a déjà annoncé qu'un plan d'action du ministère serait rendu public au début de l'année prochaine. En quoi consistera-t-il ? « La déclaration ministérielle a évoqué la nécessité d'élaborer une stratégie pour le traitement des problèmes environnementaux au Liban, dit-il. Or aucune stratégie ne peut être appliquée sans un plan exécutif. C'est ce à quoi nous travaillons. Il sera probablement étalé sur une période de trois ans ou plus. Les études ont déjà été faites, il faut juste se mettre au travail. »
En tant que nouveau ministre, quelles sont ses priorités ? « Il y a plusieurs dossiers, notamment ceux des déchets ménagers, des eaux usées, du développement des énergies alternatives, de l'élaboration de législations environnementales et du traitement de la pollution du fleuve Litani, précise-t-il. C'est, en gros, ce qui a été décidé dans le cadre de la déclaration ministérielle, et le ministère est engagé à s'y conformer. »
Comment fera-t-il pour régler le problème de manque d'outil exécutif du ministère ? « Nous allons exiger la création de postes de juges spécialisés dans les affaires de l'environnement, et même d'un parquet spécial, souligne M. Rahhal. Je ferai ce que je peux faire, préparerai les décrets et rendrai le dossier public. Nous demanderons aussi des pénalités plus fermes pour les contrevenants. »

