Selon les recommandations du CDC, de la FDA, et de l’AAP aux États-Unis, le vaccin antigrippe H1N1 doit être administré aux enfants âgés entre 6 mois et 5 ans. Philippe Merle/AFP
« On ne peut pas parler d'avantages ou de méfaits du vaccin en se basant uniquement sur les rumeurs et les mails qui circulent en ville, insiste le Dr Philippe Chedid, pédiatre et membre de l'Académie américaine de pédiatrie (AAP). Pour avoir des informations vraies et crédibles, il est important de recourir aux sources officielles qui émanent d'organismes internationaux dont la mission est de mener les études nécessaires sur tout nouveau médicament ou vaccin. Personnellement, je me réfère dans ce cadre en premier lieu aux recommandations de la Food and Drug Administration (FDA), du Center of Disease Control (CDC) et de l'American Academy of Pediatrics (AAP) aux États-Unis, suivis de celles émises par l'European Medecines Agency (EMEA) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). »
« Lorsque à titre d'exemple, le CDC investit 2,5 milliards de dollars et mobilise 1 600 spécialistes rien que pour étudier le vaccin anti-H1N1 durant plus de quatre mois, on ne peut pas mettre en doute les résultats qu'il fournit, poursuit le Dr Chedid. Ces organismes sont ceux qui ont commis le moins d'erreurs depuis leur mise en place. Et les cas de mortalité et de morbidité observés après les décisions qu'ils avaient prises sont moins importants que ceux observés ailleurs dans le monde. C'est une question de confiance qui a été bâtie au fil des ans. »
En se basant donc sur les recommandations émises par la FDA, le CDC et l'AAP, le pédiatre explique qu'aux États-Unis, aucun incident sérieux dû au vaccin antigrippe A n'a été signalé à ce jour chez les personnes qui l'ont reçu.
« Donc personnellement, je recommanderais vivement aux parents de faire vacciner leurs enfants par l'un des produits approuvés par l'ensemble de ces instances (cinq au total), tout en respectant évidemment les indications de chacune d'entre elles », ajoute le Dr Chedid.
Souche vivante ou tuée ?
À l'instar des vaccins contre la grippe saisonnière, les vaccins anti-H1N1 disponibles actuellement sur le marché et approuvés par les instances scientifiques internationales existent sous deux formes, l'une développée à partir du virus tué (quatre vaccins approuvés) et l'autre à partir du virus vivant atténué (un vaccin approuvé).
« Le vaccin contenant la souche tuée du virus est injectable, précise le Dr Chedid. Puisque le virus n'est plus en vie, il n'entraînera pas de réactions indésirables importantes. En revanche, le vaccin contenant la souche vivante atténuée a l'avantage d'être administré par pulvérisation nasale. Il est réservé uniquement aux personnes âgées entre 2 et 50 ans, à condition qu'elles soient en bonne et parfaite santé. Ce vaccin est interdit donc à tout individu qui n'appartient pas à cette tranche d'âge ou qui souffre d'un problème de santé, comme l'asthme, le diabète, d'une déficience immunitaire, de problèmes respiratoires, cardio-vasculaires ou rénaux... Il est donc recommandé que ce vaccin ne soit pas mis en vente libre sur le marché local, d'autant qu'au Liban la vaccination n'est pas limitée aux pédiatres. Malheureusement, les pharmaciens et le corps infirmier se permettent de donner les vaccins. Cet acte qui reste médical peut donc devenir dangereux si on administre par inadvertance le vaccin contenant la souche vivante atténuée du virus à une personne à risque. Pour ces raisons, il est vivement recommandé de ne mettre sur le marché libanais que le vaccin contenant la souche tuée du virus. Par ailleurs, il faut savoir qu'il y a certains vaccins qui peuvent être administrés aux enfants entre 6 mois et deux ans et d'autres qui ne peuvent être donnés qu'aux enfants âgés de plus de 4 ans. Il faut donc être vigilant sur ce point aussi. »
Mieux vaut tard...
Jusqu'à quand peut-on se faire vacciner ? « Au Liban, en général, la maladie survient vers la fin du mois de novembre, répond le pédiatre. On pouvait donc se faire vacciner jusqu'en décembre. L'année dernière, le CDC a même recommandé de poursuivre les vaccinations jusqu'en février, puisque certaines des trois souches contenues dans le vaccin contre la grippe saisonnière arrivent tard, en janvier ou même en février. Donc, on peut toujours s'immuniser contre au moins une souche de l'influenza. »
Et le Dr Chedid de poursuivre : « Le même débat a eu lieu aux États-Unis concernant le vaccin anti-H1N1. Bien sûr, il est recommandé de se faire vacciner le plus tôt possible. Toutefois, le CDC affirme que les vaccinations peuvent se poursuivre pendant plusieurs semaines encore. »
Priorité aux populations à risque
Pour le Dr Jacques Mokhbat, président de la Société libanaise de maladies infectieuses, la vigilance est de mise. « Soyons réalistes, insiste-t-il. Le monde est en pleine épidémie de H1N1. Au Liban, nous avons eu une première vague épidémique de la maladie en juillet et en août. Nous en sommes aujourd'hui à la deuxième. »
Le vaccin reste donc le seul moyen de prévention pour « limiter la propagation du virus », sachant que selon les estimations, 35 % de la population mondiale sera infectée par le H1N1. Mais qui doit le recevoir ? « La priorité doit être accordée aux populations qui risquent de développer les complications de la grippe », indique-t-il. Il s'agit donc, selon le CDC, des enfants et des nourrissons âgés entre 6 mois et 5 ans, des femmes enceintes, des personnes âgées de plus de 50 ans, des personnes âgées de moins de 19 ans et qui suivent une thérapie d'aspirine à long terme, des personnes souffrant d'une immunodéficience (sida, cancer, insuffisance rénale, maladies cardiaques, insuffisance hépatique, maladies pulmonaires chroniques, y compris l'asthme, maladies hématologiques, neurologiques, et neuromusculaires, désordres métaboliques, y compris le diabète), ainsi que des agents de santé, qui constituent « la première ligne de défense ».
« Au Liban, cette liste de priorité ne sera pas respectée, parce que ce sont les compagnies privées qui assureront le vaccin et non le ministère de la Santé, note le Dr Mokhbat. Et d'ajouter : « La peur des gens est injustifiée, parce que la technique adoptée pour la fabrication du vaccin n'est pas nouvelle. C'est la même utilisée depuis vingt ans pour développer le vaccin contre la grippe saisonnière. Seule la souche utilisée a changé. Donc le doute concernait l'efficacité du vaccin et non sa sûreté. Les études préliminaires menées à ce jour montrent que c'est un vaccin efficace. »
Ne pas paniquer...
Les spécialistes soulignent par ailleurs, qu'il n'y a aucun lieu de paniquer. C'est une grippe comme toutes les autres. « De plus, il ne faut pas oublier que nous vivons dans un pays qui dispose de techniques médicales avancées, fait remarquer le Dr Mokhbat. Mais il faut surtout que le corps médical soit vigilant pour bien prendre en charge les populations qui risquent de développer les complications de la maladie. Il est également important d'éviter l'administration de l'oseltamivir (Tamiflu) d'une façon anarchique sans indications justifiées, d'autant que des cas de résistance à cet antiviral ont surgi dans le monde. »
Le Dr Mokhbat précise en outre que le diagnostic de la grippe A est clinique. « Les tests laborantins sont nécessaires pour des raisons épidémiologiques, afin de suivre l'évolution de la maladie dans le pays », constate-t-il, notant que 98 % des cas d'influenza qui seront diagnostiquées au Liban seront dus au virus H1N1. Et de rappeler que les symptômes de l'influenza sont les maux de tête, la fièvre, les douleurs musculaires, la toux sèche et le mal de gorge.

