Mme Nayla Moawad entourée de Saad Hariri, et de Mmes Joyce et Solange Gemayel. Photo Nasser Traboulsi
La vingtième commémoration de la mort de René Moawad a été l'occasion d'honorer tous les martyrs de la révolution du Cèdre ainsi que ceux qui l'ont précédée, et de passer en revue, dans le cadre d'un film, toute la série noire d'assassinats politiques qui se sont succédé dans l'histoire récente du pays. La cérémonie a été également l'occasion pour les leaders du 14 Mars, avec à leur tête la famille du défunt, de renouveler leur engagement en faveur des principes de la révolution du Cèdre et de redonner un nouveau souffle à ce mouvement de libération populaire.
« Nous ne sommes parvenus à la révolution du Cèdre qu'après un cumul. C'est à ce moment-là que la barrière de la peur a été brisée », affirme Saad Hariri dans le témoignage filmé dans le cadre d'un documentaire projeté sur grand écran.
Parallèlement aux images montrant l'intronisation du chef de l'État assassiné, le film a regroupé plusieurs interventions recueillies auprès des principaux acteurs du 14 Mars. À tour de rôle, ils ont égrené les qualités de « l'homme d'État », de « l'homme du dialogue et de la modération » que fut René Moawad, insistant sur « son courage », « son patriotisme » et « son engagement en faveur de l'indépendance et de la souveraineté du Liban ».
« Lorsqu'il a été assassiné, nous ne savions pas à l'époque qu'il était l'un des héros de la seconde indépendance », témoigne l'ancien ministre Marwan Hamadé.
« S'il était encore vivant, je n'aurais pas été en prison, le Liban non plus », ajoute le leader des FL, Samir Geagea.
Boutros Harb ira plus loin, affirmant que s'il n'avait pas été tué « c'est toute l'histoire du Liban qui aurait changé ».
« La modération chez René Moawad ne signifiait aucunement le renoncement ou la neutralité. Il avait le courage de ses opinions. Il a eu le courage de se tenir aux côtés de Bachir Gemayel », relève à son tour le leader des Kataëb Amine Gemayel qui a longuement vanté l'« ouverture et la créativité » du président assassiné. Après avoir déploré le fait que l'enquête sur l'assassinat de René Moawad « n'a malheureusement jamais abouti », et précisant que le mandat du Tribunal spécial pour le Liban n'inclut pas le cas de l'ancien président, M. Hamadé a affirmé que les conclusions du tribunal « auront indiscutablement un effet rétroactif, puisqu'elles feront rejaillir la lumière sur sa mort ».
Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir dénoncera à son tour l'acharnement « contre tous les grands hommes de ce pays ».
« Toutes les fois qu'un homme influent émergeait sur la scène politique, il était systématiquement éliminé », a-t-il dit.
Et Saad Hariri de s'exprimer à son tour en appelant les Libanais à ne pas se résigner et à poursuivre leur lutte « par fidélité au sang versé par nos martyrs et au nom de tous ceux qui sont descendus dans la rue pour nous soutenir ». « Il faut poursuivre le combat même si l'on traverse des moments difficiles », a-t-il dit. « L'important est que l'on sache ce que nous voulons exactement », a-t-il déclaré.
Prenant la parole devant plusieurs responsables politiques, dont le Premier ministre Saad Hariri, les principaux pôles du 14 Mars, les représentants des communautés religieuses, des services de sécurité et de l'armée, et plusieurs responsables de partis, le fils du président assassiné, Michel Moawad, a rappelé les principes directeurs qui motivent son combat en faveur d'un « Liban souverain, du Liban message ».
S'adressant à l'opposition, Michel Moawad a déclaré : « Pour ceux qui veulent véritablement l'entente au Liban, nous leur disons : l'entente réside dans l'accord de Taëf et non dans celui de Doha. Le premier est la résultante d'un accord entre les Libanais, alors que le second est une entente circonstancielle, provisoire et inéluctable qui a été trouvée pour sauver le Liban après la discorde provoquée par l'invasion, par la force des armes, de Beyrouth et de la montagne » (le 7 mai 2008).
Rappelant les principes fondateurs de la Constitution - la démocratie, le partenariat islamo-chrétien, le pluralisme, le respect des libertés - M. Moawad a affirmé : « Nous n'accepterons aucun compromis sur ces principes (...). Nous n'accepterons même pas d'envisager un amendement de ce texte (l'accord de Taëf) avant de l'avoir appliqué dans sa totalité, d'une part, et avant d'avoir accordé le monopole des armes exclusivement à l'État, pour garantir que ces armes ne seront pas utilisées pour faire pression sur les autres partenaires. »
Selon lui, les armes de la résistance ne sont rien d'autre qu'une « insurrection contre Taëf et une reproduction de l'équation de la tutelle ».
Invitant un peu plus loin les Libanais à « soustraire le Liban du cercle des conflits régionaux funestes et à l'immuniser à l'aide de l'entente véritable », M. Moawad a ajouté : « Il n'est pas permis d'accepter ou de légitimer de quelque manière que ce soit le projet visant à transformer le Liban en un îlot explosif en prévention d'un conflit dû au projet nucléaire iranien. »
Et de conclure en assurant que la révolution du Cèdre persistera. « Malgré les difficultés, elle se perpétuera, en dépit des armes, elle se poursuivra », a-t-il affirmé.


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