Le minaret de la mosquée de Zurich. Sébastien Bozon/AFP
La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, a indiqué hier soir avoir reçu les ambassadeurs de pays musulmans pour leur « expliquer » les résultats du référendum. « Nous essayons d'expliquer et d'informer sur les résultats du vote, en particulier dans les pays arabes et islamiques. J'ai rencontré les ambassadeurs des pays concernés (...) en poste à Berne », a déclaré la ministre à la radio française RTL. Le gouvernement suisse craint « effectivement (...) que ce résultat ne soit pas sans conséquences pour (les) exportations et la branche du tourisme », a reconnu la ministre de la Justice et de la Police suisse, Evelyne Widmer-Schlumpf. En effet, pour le politologue Pascal Sciariani de l'Université de Genève, « il n'y aura pas forcément d'appel explicite des gouvernements de ces pays à boycotter la Suisse, mais il peut y avoir des réactions individuelles ou de l'élite appelant les musulmans à réduire leur fortune gérée en Suisse, à réduire leurs voyages touristiques, notamment à Genève, ou à compliquer les relations commerciales avec la Suisse ».
L'imam de la mosquée de Genève, l'une des quatre seules en Suisse à être flanquée d'un minaret, a lancé hier un « appel au calme » : « Les musulmans du monde doivent respecter cette décision, sans pour autant l'accepter. Sinon nous serons les premières victimes », a déclaré l'imam Youssef Ibrahim, dont la mosquée a été visée par des actes de vandalisme durant la campagne.
Plus que du monde islamique, les critiques les plus virulentes sont jusqu'ici venues d'Europe. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est dit « scandalisé » par « une expression d'intolérance », tandis que l'UE et le Conseil de l'Europe ont affiché leurs craintes d'une stigmatisation de l'islam. Le rapporteur spécial de l'ONU pour la liberté de religion, Mme Asma Jahangir, a condamné une « discrimination évidente à l'encontre des membres de la communauté musulmane en Suisse ». En Indonésie, le plus grand pays musulman au monde, la principale organisation musulmane a dénoncé un signe de « haine » et « d'intolérance » mais appelé à « ne pas réagir avec excès ». En Suisse même, le secrétaire général de la conférence épiscopale, Mgr Félix Gmür, a qualifié ce vote de « coup dur pour la liberté religieuse et l'intégration ». Le Vatican a abondé en ce sens, tout en reconnaissant l'existence d'un « sentiment d'aversion et de peur ». Amnesty International a évoqué « une violation de la liberté religieuse incompatible avec les conventions signées par la Suisse ». Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique, Ekmeleddin Ihsanoglu, s'est dit « déçu et préoccupé » par la « recrudescence des incitations anti-islamiques en Europe », appelant à des réactions « pacifiques ». Dès dimanche, le grand mufti d'Égypte, Ali Gomaa, avait fustigé « une insulte » aux musulmans du monde entier, mais encouragé les musulmans vivant en Suisse à « dialoguer » avec les autorités.
Cependant, il n'y a pas eu que des critiques. En Italie, le scrutin a suscité des réactions positives de plusieurs politiques, dont deux ministres de la Ligue du Nord, et plusieurs députés de droite. Roberto Castelli, vice-ministre des Infrastructures et des Transports, a même proposé que l'Italie ajoute un crucifix sur son drapeau national. Suggestion jugée « attrayante » et « extrêmement normale » par le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini. Le vote des Suisses a également été salué par d'autres partis d'extrême droite européens, comme le Front national en France ou le FPOE et le BZOE en Autriche.
Genève, important centre financier en matière de gestion de fortunes et haut lieu du luxe international prisé par les riches touristes arabes, craint particulièrement les résultats du vote lancé par l'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste), le principal parti au Parlement fédéral. Chaque année, les visites à Genève des ressortissants des pays du Golfe génèrent environ 250 millions de francs suisses (164 millions d'euros), soit un dixième des revenus touristiques de la ville. L'impact du vote des Suisses reste pour l'instant difficile à chiffrer. Même si « les suites immédiates de la votation sont limitées », comme le relève le journal zurichois Neue Zürcher Zeitung, « le regard du monde musulman sur la Suisse ne sera plus jamais le même », avertit le directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, Hasni Abidi. Pour sa part, l'UDC a menacé d'exiger que la Suisse « résilie les traités » internationaux garantissant la liberté religieuse, plutôt que de se plier à une décision de l'ONU ou de la Cour européenne des droits de l'homme. Plusieurs hommes politiques, notamment du Parti des verts, ainsi que des membres de la communauté musulmane en Suisse, ont évoqué la possibilité de recourir à ces deux organismes internationaux, estimant que l'interdiction des minarets viole les traités souscrits par la Suisse.


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