Dans cet esprit, M. Sleiman a voulu reprendre à son compte le slogan de la création de l'organisme pour l'abolition du confessionnalisme politique, tout en l'entourant prudemment de la nécessité de respecter l'impératif de coexistence formulé par le pacte national.
Le chef de l'État a mis en outre l'accent sur l'orientation réformatrice qu'il compte donner à son mandat, affirmant s'inscrire toujours dans l'esprit de sa prestation de serment.
Il a d'autre part défendu la conférence du dialogue national qu'il dirige lui-même, estimant qu'il ne s'agit en aucun cas d'un pouvoir concurrent aux autorités constitutionnelles.
Voici le texte quasi intégral du message du chef de l'État :
« Notre indépendance nationale n'est pas uniquement une étape du passé. C'est un acte de foi dans le dialogue, dans la coexistence et dans l'aspiration à l'État de droit. C'est l'État de l'indépendance qui a commencé à consolider sa marche grâce aux bras de ses jeunes qui ont libéré le sol national, résisté à l'ennemi israélien et vaincu le terrorisme.
« Au cours des dix-huit derniers mois, la confiance entre les Libanais a grandi en dépit de l'ensemble des défis, et nous poursuivons actuellement le processus de consolidation de la sécurité nationale. En parallèle, le Liban a été en mesure de recouvrer sa position et son rôle sur la scène internationale et de renforcer au plus haut niveau ses liens avec les États sur la base de l'intérêt commun et du respect mutuel.
« Les relations libano-syriennes vont de l'avant depuis qu'elles ont repris leur cours normal et après la concrétisation de la décision historique représentée par l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays. Nous voulons que les liens avec la Syrie et l'ensemble des États arabes se développent dans tous les domaines ; non seulement sur les plans officiel et gouvernemental, mais aussi sur le plan civil et entre les divers secteurs productifs, jusqu'à parvenir à un état de coopération économique et sociale idéal.
« La confiance que le Liban est parvenu à rétablir sur le plan international s'est traduite par son élection à la quasi-unanimité comme membre non permanent du Conseil de sécurité. De son siège au sein de la plus haute instance internationale, le Liban sera en mesure d'agir mieux pour préserver ses intérêts nationaux, prendre la défense des causes arabes justes, et participer à la recherche de solutions pacifiques et justes aux problèmes et conflits qui se posent sur la scène mondiale. En tête de ces questions, figurent la cause palestinienne et celle de Jérusalem, le droit de retour des réfugiés palestiniens et le combat contre l'agression raciste condamnée par le rapport Goldstone aux Nations unies. Et pour empêcher toute forme d'implantation, il nous faudra établir un plan d'action concret nous permettant d'y parvenir, tout en épurant les relations libano-palestiniennes et en mettant en œuvre les résolutions de la conférence de dialogue relatives au règlement de la question des armes palestiniennes.
« Avec la remise en ordre dans ses relations internationales et le recouvrement de son rôle régional et international, le Liban a commencé aussi à redevenir un centre financier, en dépit de l'ampleur de la crise financière et économique internationale. Les émigrés sont venus dans leur patrie en proportions sans précédent, non seulement en tant que touristes, mais également comme déposants, comme investisseurs et comme contributeurs à la renaissance de leur société nationale. Tous ces pionniers dont nous évoquons les prouesses quotidiennes dans les divers domaines ont l'espoir de bâtir un État moderne, à présent que la confiance a été renouvelée entre les Libanais dans leur coexistence et dans la consolidation de la paix civile. Nous avons accompli des pas importants et sûrs dans ce domaine grâce aux sacrifices des forces de l'ordre, dont nous cherchons à développer les capacités, et à leur tête l'armée. Cette dernière veille aussi au Liban-Sud, aux côtés des forces internationales provisoires, à protéger la souveraineté nationale.
« La modération, une sorte d'héroïsme »
« C'est l'État de droit qui protège l'indépendance et les libertés publiques et privées et ancre chez les Libanais l'attachement à leur société nationale. C'est pourquoi il nous faut aller de l'avant dans l'édification des institutions conformément à une vision nouvelle fondée sur la modernité, l'ouverture et la consécration des droits des citoyens.
« J'avais déjà dit dans mon message de l'an dernier que la philosophie de l'entité libanaise repose sur le consensus et que la modération au Liban est une forme d'héroïsme, ce pays ayant souffert pendant des décennies des fléaux de l'extrémisme, des guerres, des destructions et des exodes.
« La réforme globale doit reposer sur le courage de dire la vérité, d'interpeller et de sanctionner. Elle doit aussi reposer sur le dialogue, la sagesse et la modération, en conformité avec l'esprit du pacte national, dans toute approche de nos problèmes intérieurs et sur base de l'intérêt national supérieur et du bien public. Quant à nous, nous continuons à agir à la lumière de l'orientation que nous avions dessinée dans le discours de prestation de serment.
« Nous considérons que la bonne entrée en matière en vue de l'édification de l'État de droit est de bâtir l'État de l'homme libanais, nos aïeux ayant contribué à formuler nos valeurs communes et étant restés attachés aux valeurs de défense du sol, de solidarité sociale, d'ouverture sur le monde et de défense du pluralisme culturel. Nous devons montrer que le Liban est plus qu'une nation, il est un message.
« Nous aspirons à consolider la justice en mettant en œuvre le projet de pouvoir judiciaire indépendant. Nous avons des espoirs d'aller de l'avant dans l'application de la décentralisation élargie, le renforcement du rôle des municipalités et la réalisation du développement équilibré. Nous considérons par ailleurs la protection de l'environnement et le développement de l'industrie touristique et des secteurs productifs comme des priorités dans tout projet de réforme.
« Cela nécessite tout d'abord la mise en place d'un organisme de lutte contre la corruption et l'adoption d'une politique empêchant la dilapidation des fonds publics et la rationalisation des dépenses en vue de régler le problème de la dette publique.
La réforme institutionnelle
« Toute réforme devrait servir notre objectif d'édifier l'État. Ainsi, tout en préservant la participation entière de manière à ne pas contrevenir au pacte de coexistence qui donne à notre système son caractère unique, le besoin se fait ressentir de former l'organisme national pour l'abolition du confessionnalisme politique, de faire évoluer la loi électorale afin d'instituer une meilleure représentativité et de redonner aux émigrés leurs droits, y compris ceux de récupérer la nationalité et de voter.
« Nous avions déjà affirmé la nécessité de parvenir à un équilibre entre les prérogatives et les responsabilités de manière à permettre aux institutions, y compris la présidence de la République, de remplir leur rôle national. Nous certifions que la condition nécessaire pour réaliser ces objectifs est le consensus, conformément à la lettre et à l'esprit de la Constitution, loin de tout partage d'influences. Il s'agit de répartir les responsabilités, non pas de s'arracher les prérogatives.
« Mais cette orientation ne saurait connaître son essor sans des solutions aux failles qui sont apparues dans l'action des pouvoirs constitutionnels, vingt ans après l'adoption de l'accord de Taëf en tant que pacte national et, pratiquement, en tant que contrat social entre les Libanais. Un accord dont nous devons continuer à chercher l'application intégrale.
« Après avoir réussi à former un gouvernement d'unité nationale, nous souhaitons qu'il puisse jouer son rôle dans la réalisation du chantier des réformes et le règlement des problèmes accumulés. Dans le même temps, la conférence du dialogue national, qui se réunira prochainement, pourra instaurer le climat propice pour aller de l'avant dans cette orientation réformatrice. Ce comité de dialogue ne sera pas un pouvoir concurrent ou parallèle au pouvoir exécutif et ne le remplace certainement pas. Il peut en revanche agir comme un cadre national rassembleur pour consolider le débat tranquille et le dialogue et pour faciliter l'action des autorités légales conformément à la Constitution.
« Tout projet réformateur nécessite une volonté nationale qui prend sa source dans les valeurs de l'indépendance. Cette volonté a réussi à résister à l'agression israélienne, à libérer la plus grande partie du territoire et à affronter le terrorisme. Elle a démontré la capacité du Liban à posséder les éléments de la force et à pouvoir s'imposer parmi les nations en tant que patrie bien défendue et qui se réserve le droit de résister pour recouvrer le reste de son territoire occupé dans les fermes de Chebaa, les collines de Kfarchouba et la partie nord de Ghajar par tous les moyens légitimes et les capacités disponibles.
« Nous sommes aujourd'hui appelés, du fait même de ces succès, à renouveler notre confiance en nous-mêmes, en nos jeunes et en notre avenir, ainsi qu'en notre capacité à nous adapter, à évoluer et à créer des solutions dans le cadre des constantes nationales.
« Si le monde regarde le Liban à la lumière de sa formule particulière, le défi qui se pose à nous, c'est d'assurer le succès de cette formule en harmonie avec l'esprit de l'indépendance.
« J'appelle les bonnes volontés à se retrouver pour la fierté de la patrie et l'édification de l'État moderne. C'est un engagement et un honneur qu'imposent le devoir et le patriotisme à chacun d'entre nous. »
Questions-réponses
À la suite de la lecture du message, le chef de l'État a répondu aux questions des représentants de la presse présents au palais de Baabda pour l'occasion.
Il a notamment souligné que « le défi qui se pose aujourd'hui aux Libanais est de pouvoir préserver le système démocratique, qui suppose l'interpellation et la sanction politique, à l'ombre d'un gouvernement tel que celui qui est en place ».
Il a souligné à cet égard que « si le gouvernement et le Parlement peuvent assurer ce rôle, ce serait une bonne chose. Sinon, c'est les médias qui devraient le jouer ». « Votre voix est forte et même plus forte que dans tous les pays qui nous entourent. Cela est très important », a-t-il dit.
Développant ses idées de réforme, M. Sleiman s'est prononcé pour une loi électorale « qui permettrait au candidat de vaincre par ses idées et non par sa confession » et pour l'instauration d'un Sénat.
Au sujet du paragraphe sur la résistance dans la déclaration ministérielle, il a affirmé que « les points de vue sont dans l'ensemble d'accord sur l'adoption de la formule précédente ».
Enfin, il a estimé que la Syrie est « animée d'une volonté sûre » de tracer sa frontière avec le Liban. « Les relations diplomatiques ont attendu soixante ans. Si le tracé de la frontière attend quelques mois supplémentaires, ce n'est pas grave », a-t-il dit.

