« La Grande-Bretagne rend le jeu plus incertain avec son insistance à soutenir Tony Blair pour la présidence du Conseil européen », expliquent plusieurs représentants des 27 à quelques jours du sommet extraordinaire de jeudi prochain. Et la présidence suédoise « joue le jeu des Britanniques », avec pour conséquence un certain « chaos », s'insurge un diplomate européen s'adressant à l'AFP. Car tout le processus est paralysé, notamment la formation de la nouvelle Commission européenne, dont le chef de la diplomatie sera membre avec rang de vice-président. « Que veulent les Britanniques ? Il leur a été offert le poste de haut représentant, une occasion de prendre le leadership de la politique extérieure de l'UE. Ce n'est pas rien », souligne-t-il.
Les socialistes européens, deuxième force politique au Parlement européen, revendiquent le poste de « haut représentant pour la politique extérieure », parce que la personnalité choisie sera « l'homme fort » des nouvelles institutions. Un consensus avait été trouvé au sein de l'UE pour le confier au chef de la diplomatie britannique, le travailliste David Miliband, mais Londres refuse. Les socialistes ont alors mis en piste l'ancien chef de gouvernement italien Massimo D'Alema, un homme de gauche soutenu par Silvio Berlusconi, dont il est pourtant l'adversaire. Mais son passé d'ancien communiste déplaît à la Pologne et à plusieurs des nouveaux pays membres d'Europe de l'Est. Le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, va tenter de lever ces réserves aujourd'hui à Bruxelles au cours d'un déjeuner de travail en marge d'un conseil de l'UE.
Le jeu s'est aussi brouillé pour le président du Conseil. Le premier duo proposé réunissait le Premier ministre belge Herman van Rompuy et David Miliband, mais ce « compromis » ne tient plus après la défection du Britannique. « Il n'existe actuellement pas de consensus », a reconnu jeudi M. Van Rompuy. Un proche de la chancelière allemande Angela Merkel, Norbert Lammert, président du Bundestag, a relancé samedi le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. La Belgique fait savoir qu'elle « soutiendra M. Juncker », si un consensus se fait sur son nom. Sa nomination arrangerait M. Van Rompuy pour des raisons de politique intérieure. Mais le Premier ministre luxembourgeois suscite des oppositions. « Il a deux handicaps : il a des opinions et il les exprime », explique un élu européen.
La position de la France intrigue. « Sarkozy a peut-être intérêt à dire qu'il ne veut pas de Juncker pour le protéger », commente un diplomate. La France et l'Allemagne veulent soutenir un même candidat, mais pour l'instant, leurs dirigeants taisent leurs préférences. « La présidence devrait aller à un chef de gouvernement ou un ancien chef de gouvernement », a simplement rappelé samedi la chancelière dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Une pierre dans le jardin de deux candidats déclarés, l'ancienne présidente de la Lettonie Vaira Vike-Freiberga et le président estonien Toomas Hendrik Ilves, qui n'ont jamais participé aux sommets des 27. « À la fin du jeu, on retourne toujours sur Herman Van Rompuy », commente un diplomate européen.
Président en exercice de l'UE, le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt doit impérativement avoir trouvé un consensus sur les deux personnalités pour jeudi, « sinon cela donnera une mauvaise image de l'UE », avertissent ses partenaires.

