La décision de la juge d'instruction Xavière Siméoni intervient alors que les Français viennent d'assister à deux procès retentissants qui sont aussi ceux des turpitudes de leur classe politique. Dans les deux cas, l'ombre de Jacques Chirac a plané sur les débats. Dans l'Angolagate, le procès fleuve d'une vente d'armes à l'Angola dans les années 90, l'ex-ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, un ancien de ses proches, a été condamné à un an de prison ferme. Il a demandé la levée du secret défense, en assurant que l'ex-président était parfaitement informé de l'affaire. Dans le procès Clearstream, qui a pris les allures d'un duel judiciaire entre le président Nicolas Sarkozy et l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, certains avocats ont cru voir la main de Jacques Chirac derrière une machination politique qui aurait visé son successeur.
Le système des « emplois fictifs », sur lequel M. Chirac va devoir s'expliquer, lui permettait de rémunérer sur le budget de la mairie de Paris des « chargés de mission » qui n'y avaient en réalité aucune activité. Parmi les bénéficiaires, on trouvait par exemple le petit-fils du général de Gaulle, Jean de Gaulle, mais aussi François Debré, frère de l'ancien ministre et ancien président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré. Tous des proches de M. Chirac. Jacques Chirac est renvoyé devant le tribunal « pour 21 supposés emplois fictifs sur les 481 emplois examinés par la justice, ce qui exclut toute idée de système durant la période où il a été maire de Paris », s'est défendu son bureau dans un communiqué. Dans un autre de ses volets judiciaires, ce dossier avait déjà valu en 2004 la condamnation de l'ex-Premier ministre Alain Juppé à 14 mois de prison avec sursis et une année d'inéligibilité. Dès l'annonce de son renvoi devant le tribunal, Jacques Chirac a voulu se présenter en « justiciable comme les autres ». « Il est serein et décidé à établir devant le tribunal qu'aucun des emplois qui restent en débat ne constitue un emploi fictif », a assuré le service de presse de l'ancien président qui se consacre désormais à la fondation qu'il a créée pour le développement durable et le dialogue des cultures.
Animal politique qui a voué plus de quarante ans à la vie publique, M. Chirac est très populaire en France depuis son retrait de la politique. Selon un sondage du 13 octobre, il réunissait 76 % d'opinions positives, en tête de toute la classe politique. La décision de la juge a été qualifiée comme « légitime » à gauche, alors que la droite le regrettait au regard de l'ancienneté des faits reprochés et de l'« épreuve douloureuse » pour l'ancien président qui, selon la loi, risque jusqu'à 10 ans de prison et 150 000 euros d'amende.
De son côté, le président Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il ne pouvait « faire aucun commentaire » en raison du « principe de la séparation des pouvoirs ». Interrogé sur le sujet par la presse à l'issue d'un sommet des dirigeants européens à Bruxelles, le chef de l'État a rappelé que « la justice en France est totalement indépendante ».


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