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Liban - Éclairage

Le Liban-Sud, essuie-pieds et boîte à lettres

Une entrée de pavillon de banlieue (sud) : essuie-pieds et boîte à lettres. Telle est, depuis presque cinquante ans, la double fonction, régionale et internationale, de notre Sud. C'est connu, mais l'effet de surprise a quand même joué mardi lorsqu'une roquette X, la quatrième cette année, a été tirée en direction d'Israël. L'étonnement que les diplomates accrédités à Beyrouth ont manifesté s'explique par le fait que la rampe de lancement de l'engin a été localisée à Houla. Une zone où les Israéliens ont fait sauter des charges sophistiquées, plantées après la guerre de juillet, et télécommandées à partir d'une fréquence établie sur le réseau de télécommunications du Hezbollah ! Ce qui prouve, accessoirement, que ce réseau était, au moins à un certain moment, bien repéré, et placé sous surveillance électronique, donc sur écoutes. Les déflagrations ont sans doute été ordonnées quand le Hezb a détecté, à son tour, la présence des explosifs. Comme quoi, on reste en pleine bataille de renseignements.
Pour ce qui est de la katioucha X, tout comme les précédentes fois, elle faisait partie d'une batterie de cinq. Les quatre autres qui, pour une raison ou pour une autre, sont restées à pied, ont été désamorcées par les artificiers de l'armée libanaise. Comme toujours, l'armée et la Finul ont établi un cordon de sécurité autour de la zone, organisé des patrouilles et procédé à des contrôles.
Également télécommandé, le Front populaire-Commandement général, qui gravite dans l'orbite syrienne, s'est vu attribuer le tir de roquette, à travers un communiqué qu'il aurait publié. Mais qu'il aurait ensuite démenti. Ce serait la première fois, en tout cas, qu'il se laisse citer dans une telle affaire. Pour les exploits précédents, il avait nié toute implication, avec véhémence. Et comme le mode opératoire est exactement le même, qu'il s'agit du même type d'engins, le Front prosyrien serait bien inspiré, plus conséquent avec lui-même, de continuer à nier.
Officiellement, Israël ne s'arrête pas à ces considérations. Il impute la responsabilité au gouvernement libanais, parle de violation de la 1701 et porte plainte devant le Conseil de sécurité de l'ONU.
Pour le fond, la tentative de chauffer le front du Liban-Sud s'inscrit dans un contexte global très délicat, marqué par les secousses d'attentats hypersanglants commis en Irak, ou retentissants par leur impact quand ils sont dirigés contre les pasdarans, en Iran. Tandis que l'Iran continue à faire des siennes sur le plan de son nucléaire, que la Turquie s'en rapproche, que les Palestiniens n'arrivent pas à s'entendre et que l'esplanade des Mosquées, à Jérusalem, redevient explosive.
Dès lors, des loyalistes du cru se demandent quelle missive, et dans quelle direction, la messagerie express du Liban-Sud délivre-t-elle aujourd'hui. Leur approche de la question diffère, bien évidemment, des estimations que développent les cadres du 8 Mars. Mais ils conviennent tous que l'entrée en jeu du facteur Liban-Sud, dans une situation régionale fil de rasoir, est dangereuse. Ils ajoutent tous qu'à l'heure actuelle, il faut tout faire pour laisser le Liban-Sud à l'abri de toute exploitation, en dehors des tiraillements régionaux et internationaux.

Défaillance
La responsabilité directe, et juridique, du contrôle du terrain incombe à l'armée libanaise, secondée par la Finul. Le devoir d'empêcher des dérapages est nécessaire, pour court-circuiter les visées israéliennes qui prennent prétexte des violations répétées de la 1701, la roquette s'ajoutant aux magasins d'armes du Hezbollah en zone interdite. Autant que de l'incapacité de l'État libanais pour en assurer le respect sur son territoire.
Ce point, ce sont les majoritaires qui le mettent en exergue. En s'étonnant que l'autorité publique se montre aussi défaillante sur le terrain, l'armée et la Finul laissant se multiplier infractions et agressions militaires au sein même du pré carré confié à leurs soins. De plus, ajoutent les loyalistes, les forces régulières auraient dû redoubler de vigilance, après les explosions de munitions du Hezbollah ou de charges israéliennes implantées. Ils soulignent que les renseignements publics et du Hezbollah ont fait grand bruit au sujet du dépistage, et du démantèlement, des cellules d'espionnage à la solde d'Israël. S'ils ont été capables d'un tel fait d'armes, ne doivent-ils pas être en mesure d'identifier la partie qui lance des roquettes, pour l'empêcher d'agir ?
À moins, indique un député loyaliste, que les deux parties extérieures qui admettent vouloir entretenir le front du Liban-Sud à demi ouvert, l'Iran et la Syrie, ne soient derrière les roquettes. Ou ne les aient autorisées, au titre d'une aide aux Palestiniens mobilisés par l'esplanade.
Cela étant, les sources loyalistes relèvent également un fait troublant à leurs yeux : ou bien le Hezbollah, enraciné dans la région savait et a laissé faire, pour ne pas aller contre les commanditaires dont il est proche. Ou bien il ne savait pas, et il est bien plus faible qu'il ne cesse de le prétendre dans ses étalages de muscles.
Quoi qu'il en soit, un ancien ministre estime, pour sa part, que les facteurs locaux entrent autant en jeu, dans les motivations des fauteurs de troubles à roquettes, que les causes régionales. Il n'est pas loin de penser que l'affaire de Houla pourrait être exploitée par les opposants afin d'augmenter la pression sur Saad Hariri. Pour que, sous prétexte d'urgence, il lâche du lest et se soumette aux conditions du 8 Mars. Ce qui se rajouterait au principal atout des prosyriens et des pro-iraniens : l'armement du Hezbollah qui se veut plus fort que la volonté des urnes. Pour cet ancien ministre, il est clair que l'opposition dirigée par le Hezbollah entend remplacer la réalité du 7 juin par la menace d'un 7 mai bis.
Un diplomate conclut en rappelant la mise en garde de Kouchner : le vide gouvernemental est dangereux pour le Liban. Même s'il se confirme que la roquette-message du Sud ne va pas provoquer de nouvelle guerre avec Israël.
Une entrée de pavillon de banlieue (sud) : essuie-pieds et boîte à lettres. Telle est, depuis presque cinquante ans, la double fonction, régionale et internationale, de notre Sud. C'est connu, mais l'effet de surprise a quand même joué mardi lorsqu'une roquette X, la quatrième cette année, a été tirée en direction d'Israël. L'étonnement que les diplomates accrédités à Beyrouth ont manifesté s'explique par le fait que la rampe de lancement de l'engin a été localisée à Houla. Une zone où les Israéliens ont fait sauter des charges sophistiquées, plantées après la guerre de juillet, et télécommandées à partir d'une fréquence...
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