« Nous avons reçu les corps de 92 personnes tuées dans l'explosion, qui a aussi fait 217 blessés », a déclaré le docteur Zafar Iqbal, du principal hôpital de Peshawar, Lady Reading. « Dix-neuf femmes et onze enfants figurent parmi les tués. Tous les morts sont des civils », a-t-il ajouté, alors que l'hôpital a lancé un appel aux volontaires pour donner leur sang pour les victimes. Mais ce bilan pourrait encore s'aggraver, de nombreuses victimes restant prisonnières des décombres. L'explosion a creusé un énorme cratère, faisant s'effondrer plusieurs immeubles et de nombreuses échoppes du bazar bondé de Meena, le plus fréquenté de la grande ville du nord-ouest du Pakistan. Cinq heures après l'explosion, les pompiers luttaient toujours pour éteindre des incendies, tandis que des secouristes aidés par de nombreux volontaires utilisaient des grues pour soulever d'immenses plaques de béton et de briques et chercher des victimes, provoquant un nuage permanent de poussière.
À Islamabad, à 100 kilomètres de là, Mme Clinton a aussitôt condamné les « attentats cruels et brutaux », soulignant que « le Pakistan n'est pas seul face au terrorisme ». « C'est aussi notre combat, a-t-elle dit, nous louons le courage manifesté par l'armée pakistanaise et nous promettons de nous tenir à vos côtés, au coude à coude. Nous vous apporterons l'aide dont vous avez besoin. » Son homologue pakistanais a réaffirmé la détermination du gouvernement. « Ceux qui commettent de tels crimes haineux veulent abattre notre détermination. Nous ne céderons pas (...), nous voulons apporter paix et stabilité au Pakistan », a déclaré Shah Mehmood Qureshi. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a également condamné l'attentat, le qualifiant « d'épouvantable ». Et le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a dénoncé un acte « odieux et aveugle ».
Mme Clinton commence ainsi sous de sanglants auspices une visite de trois jours au Pakistan, dont l'ambition est de « renforcer » les relations de Washington avec cet allié crucial contre l'extrémisme islamiste et d'aller au-delà de la seule relation militaire. La chef de la diplomatie américaine a notamment annoncé hier une aide de 125 millions de dollars pour améliorer l'approvisionnement en électricité - un point noir dans un pays où les coupures sont quotidiennes. Elle doit aussi multiplier forums et tables rondes jusqu'à demain soir. « Nous allons tout faire pour parler directement au peuple du Pakistan, et c'est ce que je suis venue faire : essayer de contrer certains des malentendus », a promis la secrétaire d'État, soulignant à plusieurs reprises son espoir de « tourner la page » d'une relation que nombre de Pakistanais voient sous un jour négatif.
Mme Clinton et M. Qureshi ont insisté, lors d'un point de presse, sur les « valeurs communes » démocratiques de leurs deux gouvernements. L'ex-Première dame des États-Unis s'en est prise vigoureusement aux poseurs de bombes, représentants selon elle d'un mouvement « nihiliste », situé « du côté des perdants de l'histoire ». « Si les gens qui sont derrière ces attaques sont si sûrs de leurs convictions, qu'ils rejoignent le processus politique », a-t-elle lancé.
L'attentat d'hier n'a pas encore été revendiqué, mais il s'inscrit dans une vague d'attaques pour la plupart revendiquées par les talibans pakistanais. La visite de Mme Clinton survient aussi alors que l'armée est engagée dans une vaste offensive contre les combattants islamistes dans le district tribal du Waziristan du Sud. « Le Pakistan est entré dans une phase décisive de son combat contre le terrorisme et l'extrémisme, et venir au Pakistan en cette période, pour exprimer la solidarité des États-Unis, est un message clair », s'est réjoui M. Qureshi.

