Les déclarations se multiplient, les contacts semblent rares, mais l'optimisme est de rigueur. Cette fois, il semble basé sur des éléments concrets, notamment la décision de la Syrie de pousser vers la formation du gouvernement, alors que, jusqu'à présent, elle se contentait de ne pas intervenir. Les partisans de cette thèse font remarquer que depuis quelques jours, ce sont les personnalités proches de la Syrie qui se démènent le plus, notamment le président de la Chambre Nabih Berry, le député et ancien ministre Sleimane Frangié et même Wi'am Wahhab, sans parler du Hezbollah par le biais de l'adjoint politique de Nasrallah, Hussein Khalil. Ce qui signifie, toujours selon les partisans de cette thèse, que la Syrie est décidée à faciliter au maximum la formation d'un gouvernement d'union avant la visite du président Assad en France prévue la semaine prochaine. Selon des sources proches de la présidence de la République, ce serait aussi ce qu'a déclaré le ministre français des AE Bernard Kouchner au cours de sa dernière visite à Beyrouth. Kouchner aurait ainsi précisé que depuis le sommet syro-saoudien, la formation du gouvernement a été grandement facilitée, ces deux pays ayant une certaine influence sur la situation interne libanaise. De plus, depuis le déclenchement du dialogue entre l'Iran et les États-Unis, l'Iran ne pose plus d'obstacle, tout comme l'administration américaine, d'après les déclarations officielles, n'est plus aussi totalement opposée à un gouvernement d'union nationale regroupant toutes les parties. En somme, les obstacles externes auraient été levés et il ne reste plus que le contentieux interne. Kouchner aurait aussi développé devant le président Sleiman l'idée selon laquelle le Liban a tout à gagner dans la formation d'un gouvernement : si le dialogue américano-iranien aboutissait, il pourrait profiter beaucoup plus de ce climat positif, et si ce dialogue se terminait en queue de poisson, la scène libanaise serait plus protégée avec un gouvernement d'union nationale. Le ministre français aurait expliqué qu'actuellement, la région traverse une période incertaine, avec toutefois une volonté occidentale réelle de relancer le processus de paix israélo-arabe, et en particulier palestinien, et de donner toutes ses chances au dialogue avec l'Iran. La France, de son côté, souhaite jouer un rôle dans la relance du processus de paix dans la région via la tenue d'un sommet de l'Union pour la Méditerranée au cours du premier semestre 2010. Ce sujet sera d'ailleurs évoqué au cours de la visite d'Assad en France, et le président Sarkozy compte sur l'appui de la Syrie dans ce domaine. Kouchner, qui a annulé sa visite en Israël parce que les Israéliens n'ont pas accepté qu'il se rende à Gaza et en Syrie puisque celle d'Israël a été annulée, s'est donc contenté au cours de ses entretiens avec les parties libanaises de les pousser à assumer leurs responsabilités, insistant sur le fait que la conjoncture régionale et internationale est favorable à la formation du gouvernement libanais. Toutefois, il n'a pas caché devant ses interlocuteurs la possibilité d'une crise ouverte à l'issue incertaine si ce gouvernement n'est pas formé au cours des deux prochaines semaines. Il faudrait donc saisir l'opportunité actuelle qui, selon lui, pourrait ne pas se représenter rapidement.
Mais la dimension interne du problème n'est pas facile à résoudre. Si, de l'avis des deux camps, le Premier ministre pressenti n'a plus d'autre option que de former un gouvernement d'union selon la formule 15-10-5, l'idée d'un gouvernement issu de la majorité ayant été quasiment abandonnée depuis la nouvelle position de Walid Joumblatt, il doit quand même trouver une solution à une équation presque insoluble à cause du conflit interchrétien entre le général Michel Aoun et le député Sleimane Frangié d'un côté, les Forces libanaises, les Kataëb et les autres chrétiens du 14 Mars de l'autre. Aoun et Frangié veulent cinq ministres chrétiens et les autres aussi veulent le même chiffre (deux pour les FL, deux pour les Kataëb et un pour Boutros Harb). Les sources de l'opposition rappellent que Aoun a déjà présenté beaucoup de concessions. Il a notamment renoncé à la représentation proportionnelle au gouvernement (six ou sept ministres) puis à un portefeuille régalien (les quatre reconnus sont les AE, la Défense, les Finances et l'Intérieur) et enfin, il a accepté de ne pas obtenir les Télécommunications à condition d'être doté d'un autre de la même catégorie. Il faudra donc lui donner quelque chose... Les tiraillements portent sur huit portefeuilles : la Justice, les Télécommunications, les Travaux publics et les Transports, l'Énergie et l'Eau, la Santé, l'Éducation et l'Enseignement supérieur, le Travail et les Affaires sociales. Mais depuis que Joumblatt a souhaité conserver les Travaux publics et les Transports (en réalité, il ne veut surtout pas des Télécoms pour éviter les problèmes avec les deux camps), et que Berry n'a pas voulu céder la Santé, les permutations possibles sont réduites. C'est d'ailleurs pourquoi Berry défend la thèse de garder le partage tel qu'il est dans le gouvernement sortant. Mais il faudrait pour cela convaincre de cette possibilité les chrétiens du 14 Mars...
Comme pour les élections législatives, c'est la division au sein du camp chrétien qui pose donc problème. Mais si, dans les législatives, on pouvait parler de vitalité démocratique, dans la formation du gouvernement, il ne s'agit plus que d'une lutte d'influence lassante...
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