Beaucoup plus que pour les cinq titres précédents, les deux compères ont dû batailler jusqu'au bout du dernier rallye, jusqu'à l'avant-dernière spéciale de ce « RAC » gallois qu'ils avaient déjà remporté en 2008, pour le panache, après avoir assuré leur 5e titre au Japon.
« On ne peut pas dire que c'était un week-end tranquille », a souri Elena dimanche. Puis il a continué à parler, très calmement, presque sérieusement, de sa « belle aventure » avec Loeb, entamée en 1997 quand les deux gars, fauchés, s'étaient croisés dans un gîte rural à l'occasion d'un rallye régional.
En 1998, quand l'épopée a commencé, Daniel dormait sur le canapé du salon des Loeb. Sébastien a arrêté de préparer un BEP d'électricien, et le patron de Citroën Sport, Guy Fréquelin, a commencé à s'intéresser à ce duo improbable, l'Alsacien d'Oberhoffen-sur-Moder et le Monégasque du quartier ouvrier de Moneghetti.
« Quand on est arrivés chez Citroën, Seb était le bon élève alors que moi, j'étais au fond de la classe, près du radiateur l'hiver et de la fenêtre l'été. À un moment, il aurait pu me débarquer, raconte Elena. Guy a eu le culot de nous faire confiance à tous les deux, mais s'il avait choisi un vieux copilote et que le vieux s'était arrêté un jour, Seb se serait retrouvé tout seul. »
« Pas de place pour moi en F1 »
Douze saisons plus tard, Loeb est toujours aussi bien accompagné par un copilote ayant tout partagé avec lui, « 250 jours par an dans trois mètres carrés », dans des Saxo, des Xsara et des C4. Unis pour le meilleur et pour le pire, au point « qu'on avait pensé à se pacser, mais heureusement, on a trouvé des femmes », rigole Elena.
Le pire cette saison, ce n'était pas la résistance de Mikko Hirvonen « parce qu'on se respecte et qu'on adore quand il y a de la bagarre, qu'il faut attaquer à bloc. Seb a horreur de perdre, quand il perd il est très énervé. Et quand il a mal conduit, il reconnaît qu'il a été en dessous et il sait se remotiver ».
Le pire, c'était « toutes ces histoires de F1 parce que, bon, on fait du rallye. À un moment donné, les médias ont plus foutu la m... qu'autre chose dans l'approche de la saison. Ça a démarré très tôt, en Grèce, et c'est à partir de là qu'on n'a eu que des m.... Est-ce que c'est une coïncidence ? »
Elena fait rarement dans la langue de bois alors il n'allait pas se priver, un soir de 6e titre mondial : « Là on était au RAC et on ne parlait encore que de la F1. Finalement, on a prouvé que le rallye, c'est aussi beau et aussi important que la F1. »
Puis il s'est remis à plaisanter : « Les histoires de F1, c'était gonflant parce qu'il n'y a pas de place pour moi en F1. » Alors qu'il a déjà roulé dans une Peugeot 908 « à côté de Seb, au Castellet (Sud-Est). Mais je n'avais pas d'impression de vitesse. À 315 km/h, j'aurais pu lire le journal ».
Elena veut bien céder sa place dans le baquet de droite de la C4 rouge... à condition d'être remplacé par Séverine Loeb, comme fin novembre au rallye du Var. Il en profitera pour redevenir pilote, l'espace d'un rallye, du côté de Sainte-Maxime (Sud-Est), dans une petite C2 R2. À des années-lumière de la planète F1.

