Il n'y a pas de changements importants dans le nombre d'atteintes, dans la vitesse de propagation de la grippe ou dans sa virulence, a affirmé hier le ministre, après un entretien avec le Premier ministre sortant Fouad Siniora.
Le Dr Khalifé a toutefois admis que le décès de la femme enceinte, Zeinab el-Dana, a pu provoquer un surcroît d'inquiétude au sein de l'opinion, et a été d'avis que « cette inquiétude doit être mise à profit pour un surcroît de mesures de précautions et de sens des responsabilités, en particulier au sein du corps médical ».
Le ministère de la Santé a rappelé qu'il pouvait y avoir des atteintes « plus dangereuses que d'autres », et qui doivent être dépistées dès le premier ou le second jour. Il a donné, comme exemple de ces atteintes, celles des femmes enceintes, des personnes diabétiques ou obèses, ou encore des personnes atteintes de maladies chroniques (voir encadré), qui sont plus vulnérables que d'autres aux grippes saisonnières.
« Ces cas doivent être pris au sérieux encore plus que les cas ordinaires, aussi bien de la part du corps médical que des hôpitaux », a-t-il affirmé.
L'ordre des médecins interpellé
Cette dernière affirmation semble être en rapport avec le décès de la femme enceinte admise en état de mort clinique à l'hôpital gouvernemental de Beyrouth, et dont la mort, après examen, est apparue réellement liée à la grippe A. La femme avait été transférée d'urgence de l'hôpital de Rayak, où elle a d'abord été admise, mais ce transfert est intervenu trop tard.
Le père de la femme a attribué hier à la négligence de l'hôpital de Rayak la mort de sa fille. Dans une conférence de presse impromptue organisée dans son village de Haret Fikani (Békaa), l'homme a affirmé que sa fille « n'est pas morte de la grippe A, mais faute d'avoir reçu les soins adéquats ».
Les affirmations du ministre de la Santé laissent entendre, en fait, que l'un n'empêche pas l'autre, et que le décès des suites de la grippe A s'est produit du fait que le médecin traitant, voire l'établissement hospitalier, n'ont pas réagi avec la rapidité voulue ni accordé à la patiente l'attention qu'elle méritait.
Corroborant cette hypothèse, le Dr Khalifé a interpellé hier l'ordre des médecins lui demandant, dans un communiqué, de faire son enquête au sujet de ce décès, et de lui transmettre un rapport circonstancié.
Enceinte au huitième mois, la femme, qui était âgée d'une trentaine d'années, avait été admise à Rayak atteinte de complications pulmonaires aiguës, précise la note transmise à l'organisme professionnel. Le ministère de la Santé a fait sa propre enquête et consulté le dossier médical de la patiente, ainsi que les examens de laboratoires auxquels elle a été soumise. La note demande donc à l'ordre de faire à son tour sa propre enquête et de vérifier si le corps médical et l'établissement hospitalier ont assumé correctement leurs responsabilités, si le diagnostic a été correctement établi et si les soins ont été appliqués avec la rigueur scientifique qui s'impose.
« Cette femme avait une fièvre élevée pendant des jours, mais n'a suivi aucun traitement approprié, ni chez elle ni à l'hôpital », a confié en soirée le ministre à une chaîne privée. Et le ministre de la Santé de demander à tous les médecins du Liban « de prendre au sérieux la pandémie de la grippe A et de respecter scrupuleusement les orientations du ministère de la Santé, en particulier à l'égard des femmes enceintes, qui sont les plus exposées, ce qui nécessite que les soins soient rapidement administrés, dés l'apparition des symptômes, au moindre doute qu'il pourrait s'agir de la grippe A, et sans attendre les résultats des analyses de laboratoire ».
Le ministère de la Santé a conclu son communiqué en affirmant que les cas de grippe A se produisent « comme prévu », dans l'ensemble des régions, et que la plupart s'achèvent par des guérisons. Les cas graves, qui ont nécessité une hospitalisation, étaient rares et ont été guéris après admission aux soins intensifs.
Dans les écoles
Enfin, le ministère a annoncé qu'il continue de suivre le nombre des absences dans les écoles, estimant que « rien ne justifie encore une quelconque décision de fermeture partielle ou complète », hormis le cas de l'IC, où l'administration a dépisté une trentaine de cas de grippe, et décidé de fermer les sections élémentaire et complémentaire jusqu'à la fin de cette semaine.
À partir des mois d'octobre-novembre, avec la rentrée scolaire et l'arrivée de la saison froide, a rappelé le Dr Khalifé, les grippes saisonnières dont les symptômes peuvent ressembler à celles de la grippe A augmentent, ce qui pourrait induire les patients en erreur. De ce fait, dès la semaine prochaine, et sur avis de l'ordre des médecins, les Libanais pourront effectuer les analyses nécessaires dans un certain nombre d'hôpitaux gouvernementaux, qui seront fixés dans les jours à venir. Parallèlement, les heures d'ouverture du laboratoire choisi pour effectuer les analyses seront doublées, pour faire face à la demande. Il s'agira de réagir le plus rapidement possible suivant l'apparition des symptômes, ce qui sera particulièrement utile dans les écoles.
Le ministre de la Santé a par ailleurs approuvé la mesure de fermeture prise par l'IC, affirmant quelle était « justifiée à ses yeux », et a annoncé qu'il l'inspectera aujourd'hui. En collaboration avec le ministère de l'Éducation, a-t-il précisé, le ministère de la Santé reçoit des rapports bihebdomadaires sur le nombre d'élèves absents. Il recommandera la fermeture d'une classe à l'apparition de deux ou trois cas de grippe et, s'il existe des cas de grippe dans plusieurs classes, la fermeture provisoire de l'école.

