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Moyen Orient et Monde

Le diplôme, la kalach et le charter

« Vingt-sept Afghans en situation irrégulière ont été renvoyés mercredi dans leur pays par un vol groupé (charter) organisé
par Londres et Paris. »
Dépêche AFP, le 21/09/09
Madah sourit. Ce n'est pas normal, limite agaçant. Madah devrait râler, crier, pleurer, au moins se plaindre. Or, Madah sourit. Tout le temps.
Peut-être, sûrement, a-t-il pleuré. Et puis ses yeux se sont taris. Alors il a décidé de sourire. Pour éviter la routine, Madah a développé toute une gamme de sourires. Certains sont chaleureux, d'autres franchement gais. Certains sont gênés, d'autres clairement tristes. Si à travers toute cette palette, la géographie de ses lèvres ne varie pas, c'est avec les yeux que Madah introduit les nuances.
Madah est somalien, il a 24 ans. Quand il en avait 14, son pays a sombré dans une guerre interclanique. Comme si ça ne suffisait pas, les parents de Madah avaient joué aux amants de Vérone version Mogadiscio. Un père appartenant à une tribu, une mère rattachée à une autre. La guerre a éclaté et la ligne de front est passée en plein milieu du lit conjugal. Quand la tribu de la mère a liquidé le père de Madah, le jeune garçon a dû prendre la fuite. Seul.
À 14 ans, Madah s'est trouvé, à Bossasso, un bout de cale sur une embarcation de fortune en partance pour le Yémen. La traversée du golfe de Aden, c'est la bande-annonce de l'enfer. Un rafiot surchargé, des réserves d'eau rapidement épuisées, des réfugiés contraints de faire sous eux, le soleil qui tape à en perdre la raison, un passeur qui, au mieux, frappe ses passagers à coups de bâton, au pire les balance par-dessus bord dans une mer infestée de requins.
Madah a survécu au voyage.
Au Yémen, Madah l'émigré clandestin est passé réfugié et a rejoint la cohorte de ses concitoyens de misère transbahutés de camp en camp.
Dix ans après avoir fui son pays, Madah est toujours au Yémen, installé à Kharaz, un camp planté au milieu d'un désert que l'on qualifierait d'hostile si l'on ne craignait pas l'euphémisme. À Kharaz, en été, le vent est douloureux.
Malgré ce vent mauvais, malgré la chaleur, malgré la crasse et la misère, Madah, pantalon de toile clair au pli bien marqué et chemisette blanche ajustée, a tracé sa route. Il a appris l'anglais grâce à une ONG, a décroché un petit boulot, puis une bourse grâce à laquelle il est entré à l'université de Aden où il étudie « business administration ».
« Toi, tu as étudié quoi ? » demande Madah en passant devant l'arbre à viande qui trône au milieu du camp.
« Économie et sciences politiques. »
« Et tu avais quel âge quand tu as fini tes études ? » demande encore Madah à côté des quartiers de chameau pendus aux branches.
« Oh, je ne sais plus... 23, 24 ans peut-être. »
Silence. Madah ne sourit plus.
« Moi j'en ai 24, et je viens juste de commencer mes études. Je suis tellement en retard... »
Tellement en retard, et tellement pas au bon endroit ! Parce que pendant ce temps-là, dans la ville portuaire de Kismayo, en Somalie, les jeunes « éclairés » du cru, rapporte la BBC, participent à un quiz organisé par les milices islamistes al-Shabab. Les gagnants repartent non pas avec un bout de papier en forme de diplôme, mais avec du concret, à savoir, une kalachnikov, des grenades et des mines antichars.
Diplôme, kalachnikov... et entre les deux, un charter ?
Madah sourit. Ce n'est pas normal, limite agaçant. Madah devrait râler, crier, pleurer, au moins se plaindre. Or, Madah sourit. Tout le temps.Peut-être, sûrement, a-t-il pleuré. Et puis ses yeux se sont taris. Alors il a décidé de sourire. Pour éviter la routine, Madah a développé toute une gamme de sourires. Certains sont chaleureux, d'autres franchement gais. Certains sont gênés, d'autres clairement tristes. Si à travers toute cette palette, la géographie de ses lèvres ne varie pas, c'est avec les yeux que Madah introduit les nuances.Madah est somalien, il a 24 ans. Quand il en avait 14, son pays a sombré dans une guerre interclanique. Comme si ça ne suffisait pas, les parents de Madah avaient joué aux amants de...
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