Les centres météorologiques le confirment : il a rarement fait aussi chaud au Liban durant la saison d'automne. Avec des températures qui ont atteint les 38 degrés en cours de journée, le constat est clair : cette augmentation soudaine de la chaleur n'a eu d'équivalent que durant les années 1944 et 1960, témoigne Abdel Rahman Ziwawi, directeur des services de prévision au département de météorologie à l'AIB.
À la différence près qu'au cours de ces deux années exceptionnelles, l'augmentation des températures, qui avaient fluctué autour des 35-38 degrés, avait pour origine un phénomène bien connu au Liban, le khamsin, un vent qui nous provient du Golfe et qui souffle en principe au printemps. Par extension, nous avons pris l'habitude d'appeler ainsi tout vent chaud qui souffle durant une saison où il ne fait généralement pas si chaud, soit au printemps aussi bien qu'en automne. Cependant, « le khamsin est un vent chaud de jour comme de nuit », affirme M. Ziwawi. « Or ce n'est pas du khamsin qu'il s'agit cette fois-ci, puisque la chaleur extrême de la journée est accompagnée d'une baisse drastique des températures à la tombée de la nuit », atteste l'expert qui indique qu'il a fait 38 degrés à Tripoli au cours de la journée de dimanche, et... 19 degrés le soir.
« C'est typiquement un climat désertique, comme on en voit en Arabie saoudite par exemple », précise le spécialiste. Une question s'impose alors : pourquoi ce nouveau phénomène climatique, et qu'est-ce qui explique l'avènement au Liban, connu pour son climat modéré, de cette vague de chaleur ?
« La réponse n'est pas certaine, affirme l'expert. Nous croyons qu'elle est liée au réchauffement planétaire constaté, mais nous n'en avons pas encore la certitude. » Elle serait, en tous les cas, semblable ou similaire au phénomène étrange des pluies diluviennes qu'a connues le Liban en septembre dernier, et qui sont tout aussi inhabituelles pour la saison et pour le pays.
Si la causalité de cette manifestation de températures élevées n'est pas tout à fait claire encore, le phénomène peut néanmoins s'expliquer par la dépression accompagnée de masses d'air froid qui a eu lieu en Europe, il y a quelques jours, et qui a entraîné, du côté du Golfe jusqu'au Liban, l'anticyclone accompagné d'air chaud qui souffle depuis 48 heures, atteste M. Ziwawi. Quoi qu'il en soit, cette vague de chaleur devrait, en principe, se résorber d'ici à ce soir, croient savoir les spécialistes.
Entre-temps, c'était pratiquement l'enfer pour les Libanais. Non pas tant du fait de la chaleur elle-même, mais plutôt à cause de ses conséquences sur le fonctionnement des équipements, et sur la vie quotidienne dans ses aspects les plus élémentaires. La lourdeur de cette canicule bien particulière s'est accompagnée, comme à chaque fois, de pannes inexpliquées et de cafouillage dans la distribution du courant électrique qui a privé pendant de longues heures les citoyens de l'utilisation de l'air conditionné très convoité pour faire face à cette moiteur inhabituelle. Ainsi, par exemple, la région de Hazmieh a été privée de courant tout au long de la journée d'hier.
Interrogée, une source de l'EDL explique que le rationnement a été imposé par trois facteurs : tout d'abord celui de l'augmentation évidente de consommation d'électricité à cause de la chaleur ; en deuxième lieu par le fait que l'une des unités opérantes de l'usine de Deir Ammar est tombée en panne hier ; et troisièmement, cela est arrivé alors que l'autre unité de l'usine, qui commence juste à fonctionner au gaz (voir article dans la page économique), n'était pas non plus fonctionnelle puisqu'elle est actuellement au stade de l'expérimentation. Certes, rassure la source, « la panne enregistrée a été réparée le jour même, mais il faudra compter un certain moment encore pour que l'unité fonctionnant désormais au gaz puisse devenir effectivement opérationnelle ».
Faisant également partie du paysage usuel, les incendies de forêts ne se sont pas fait attendre pour se déclarer dans plusieurs régions libanaises, causant les ravages écologiques que l'on connaît. De Aramoun jusqu'aux Koura et Akkar, en passant par Mouaysra et la localité de Nakhlé, ce sont plusieurs dizaines d'hectares de forêts et d'espaces verts qui ont été engloutis par le feu, les unités de la Défense civile ne réussissant pas toujours à arrêter la propagation du feu.
Dernier impact malheureux, sur la santé cette fois-ci, de cette surprenante canicule, l'aggravation des cas des personnes asthmatiques et celles souffrant de maladies chroniques obstructives, comme le constate la pneumologue Myrna Waked. Explication du médecin : le vent chaud charrie beaucoup d'allergènes qui provoquent l'asthme, qui est alors aggravé par la combinaison de la chaleur avec la pollution.
Triste bilan donc de cette canicule qui, on l'espère, se terminera aussi vite que le prévoient les experts.

