La principale coalition parlementaire sunnite, le Front de la concorde irakienne (FCI), a présenté samedi dans un hôtel de Bagdad une première liste de 49 candidats. La colonne vertébrale de cette alliance est le Parti islamique auquel appartient le président du Parlement Iyad al-Samarraï. Issu des Frères musulmans et fort de 25 députés, il a regroupé autour de lui la Conférence du peuple irakien d'Adnane al-Doulaïmi (7 députés), ainsi que deux formations kurde et turcomane et des chefs tribaux. « Le peuple a besoin des personnalités qui le représentent, pansent ses blessures et lui permettent de recouvrer ses droits », a affirmé le chef du Parti islamique Oussama al-Tikriti. Mais le FCI a perdu plusieurs de ses composantes au fils des années. « Des membres nous ont quittés et des groupes nous ont rejoints, mais en tout cas le Front est devenu plus fort », a assuré M. Samarraï. « Il n'y pas de ligne rouge et nous sommes ouverts à tous ceux qui veulent renforcer la démocratie et à ceux qui veulent s'allier avec nous », a-t-il ajouté.
Ainsi, le Conseil du dialogue national de cheikh Khaled al-Alayan (7 députés) n'a pas encore décidé s'il fera cavalier seul ou intégrera une coalition, alors que le Bloc arabe indépendant de Abdel Moutlaq al-Joubouri (8 députés) a volé en éclats. Son dirigeant et deux autres députés ont rejoint la liste du Premier ministre Nouri al-Maliki alors que les cinq autres restent dans l'expectative. Autre division, le vice-président irakien Tarek al-Hachémi, qui dirigea le Parti islamique, est en pourparlers avec l'ancien Premier ministre laïc Iyad Allaoui, tout comme le Front du dialogue national de Saleh al-Moutlaq ainsi que la formation sunnite victorieuse des élections provinciales à Ninive (Nord-Ouest).
Par ailleurs, les chefs tribaux sont aussi très courtisés. Certains ont choisi de rejoindre la coalition chiite de l'Alliance nationale irakienne (ANI) et d'autres la liste du Premier ministre. « La volonté hégémonique affichée ces dernières années par le Parti islamique n'encourage pas les autres partis sunnites à s'allier avec lui, mais les pousse au contraire à chercher à acquérir le maximum d'influence lors des élections », a indiqué à l'AFP Hamid Fadel, professeur de sciences politiques à l'université de Bagdad. « En outre, les Arabes sunnites estiment qu'il est préférable d'être présents dans toutes les coalitions afin d'accroître leurs chances d'être bien représentés au Parlement », a-t-il ajouté.
Cependant, la division n'est pas l'apanage des sunnites. La coalition chiite, largement majoritaire au Parlement depuis 2005 en raison du boycottage du scrutin par les sunnites, a éclaté. M. Maliki et son parti Dawa ont décidé de présenter une liste multiconfessionnelle. « La division touche aussi bien les sunnites que les chiites et si cela se confirme, c'est très positif pour le pays car les électeurs ne voteront pas pour des considérations confessionnelles, mais politiques », a ajouté M. Fadel.
En 2005, les élections s'étaient déroulées dans une atmosphère de guerre confessionnelle. Au pouvoir pour la première fois depuis la création de l'Irak après la Première Guerre mondiale, les chiites, qui représentent environ 60 % de la population, entendaient y rester alors que les sunnites, qui sont moins d'un quart de la population, n'acceptaient pas d'en avoir été chassés par l'invasion américaine de 2003.

