Johnny Tok, responsable de cette session au sein du Spéléo-Club, explique que tout a commencé lors d'une participation de spéléologues libanais à une expédition internationale en Iran l'année dernière. Cette expédition avait pour objectif d'explorer des grottes iraniennes et d'initier les jeunes Iraniens aux techniques modernes. « La formation était alors très basique, dit-il. En revanche, cette session-là au Liban était consacrée aux techniques plus avancées : corde unique (« Single Rope Technique », SRT), manœuvres de secourisme dans les grottes horizontales avec utilisation d'une civière spéciale, topographie des grottes, premiers secours ou encore prévention des accidents. Les deux formations se placent dans le cadre de l'Union internationale de spéléologie (UIS). »
Saïd Hachémi Nezhad, chef du groupe des spéléologues iraniens, loue surtout l'accueil très chaleureux qui leur a été réservé par leurs amis libanais. « Nous sommes réputés pour être très hospitaliers, mais les Libanais le sont au moins autant que nous », lance-t-il, non sans humour.
M. Nezhad explique que les spéléologues iraniens viennent de plusieurs clubs différents. « Nous avons fait connaissance avec les spéléologues libanais lors de l'expédition internationale dans notre pays, explique-t-il. Nous avons trouvé qu'il serait bon de nous réunir à nouveau. Nos amis libanais sont connus pour leur longue expérience dans le domaine, et nous sommes contents d'être là et d'explorer des grottes avec eux. Ils nous ont préparé des cours et partagent leur expérience sur le terrain avec nous. »
Qu'ont acquis les spéléologues iraniens durant toutes ces sessions ? « Nous avions une certaine idée de la spéléologie, dit-il. Durant l'expédition internationale, nous en avons appris davantage, et, cette fois, au Liban, nous avons acquis des notions encore plus avancées. »
Une question d'eau et de découverte
Quelle est l'importance de la spéléologie selon lui ? « C'est une science fondamentale parce qu'elle met en relief le rôle des grottes dans la vie des êtres humains, répond M. Nezhad. Et ce rôle crucial est surtout celui de révéler des données sur les ressources hydrauliques dans un pays. Voilà pourquoi la spéléologie est si utile pour la société. Il y a aussi l'expectative à l'approche d'une grotte, la volonté de découvrir sa beauté. » Il déplore que le grand public ne reconnaisse pas l'utilité de la spéléologie.
M. Nezhad évoque un autre intérêt de l'exploration des grottes, notamment celui de les transformer en sites touristiques. « Notre objectif premier est de protéger ces zones et l'eau qu'elles renferment, dit-il. Nous essaierons d'en faire des sites touristiques après cela. »
Quel est le degré d'éveil en Iran concernant ce sport ? « Il est très peu connu du grand public, mais l'expédition internationale a permis de briser le cercle et de sensibiliser un certain nombre de personnes », souligne-t-il. « Pour l'instant, les clubs de spéléologie iraniens tentent de se regrouper en une seule fédération, ajoute-t-il. Nous avons déjà un conseil de fondateurs. »
À quels sites se sont-ils rendus au Liban ? « Nous avons visité la grotte de Jeïta, raconte M. Nezhad. Nous avons été époustouflés par sa beauté. Nous avons également exploré trois grottes techniques et avons effectué des sorties touristiques, comme à Baalbeck. Le Liban est un très beau pays. »
Le spéléologue iranien note une similarité avec les grottes iraniennes, dont beaucoup sont karstiques, comme le sont les grottes libanaises en général. « Nous avons beaucoup de grottes karstiques créées par l'eau, surtout à l'ouest et à l'est du pays, dit-il. Certaines grottes libanaises m'ont rappelé la grotte la plus profonde d'Iran. »
Un niveau international
Les spéléologues libanais insistent sur le niveau élevé atteint par ce sport au Liban, ce qui ouvre la voie à une activité régionale. M. Chaker note « le niveau international de la spéléologie au Liban ». « Nous assurons des formations internes pour nos propres membres, comme nous organisons des formations pour d'autres, précise-t-il. La première expédition à laquelle le Spéléo-Club a participé hors du Liban était en Arabie saoudite. »
Pour sa part, Johnny Tok précise que les résultats de l'expédition internationale en Iran ont été présentés lors du congrès de l'UIS au Texas l'année dernière, et que ceux de la session de formation effectuée récemment au Liban le seront au prochain congrès en 2013. « D'un point de vue régional, nous avons récemment fait une découverte en Syrie, raconte-t-il. Il s'agit d'une grotte volcanique à Oum el-Roumman dans la région de Souaïda, dont nous avons fait la topographie. Elle est d'une longueur de 1 615 mètres, et c'est désormais la grotte volcanique la plus longue du Moyen-Orient. Auparavant, ce titre revenait à une grotte saoudienne, Oum Jirsan, longue de 1482 mètres. »
Au Liban, il y a aussi des découvertes en cours, qui sont publiées au fur et à mesure qu'elles sont réalisées. « Pour finaliser l'exploration d'une grotte, il faut en faire la topographie, l'étude géologique et hydrologique, ainsi que la spéléo-genèse, ou comment elle s'est formée », souligne M. Tok.
La spéléologie est une activité aux multiples facettes. « C'est un sport et une science en même temps, explique M. Karkabé. Elle n'est pas considérée comme un métier, mais elle peut contribuer à une formation suivant la spécialisation du spéléologue, comme pour les géologues par exemple. »


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