Rechercher
Rechercher

Culture - Scènes Plurielles - Théâtre

Onirique, baroque et dénonciateur ce Hamlet revisité…

Au Tournesol, « Hamlet-machine »* de Heiner Mûller, en langue arabe, revisite les idéologies qui ont fait la ruine de l'histoire et de l'Europe. Sans jamais rien nommer en toute clarté !
Une pièce onirique, baroque dans son expressionnisme allemand, virulente jusqu'à la scatologie... Agaçant ou attachant, un opus outrancièrement théâtral, au symbolisme criard, sans nul doute dénonciateur et strident.
Sur une scène encombrée, au centre d'un ensemble de costumes comme livrés à des coulisses désordonnées, et de part et d'autre dominée par des sacs plastifiés rangés comme des cadavres inertes et un catafalque orange dressé en armoire, batifolent et chinent cinq acteurs. Au fond de l'aire de la flaque de lumière, un ouvrier sur une machine à coudre alimente l'allée translucide des morts...
En silence et dans des gestes simples de s'habiller comme pour affronter la banalité du quotidien, les acteurs s'attifent outrageusement en minicortège d'un carnaval mortuaire...
Et brusquement, de ce fatras de chiffons et d'accessoires improbables de masques, de plumes et chaussures écarlates, surgit Hamlet, ce prince d'Elseneur, roi de la méditation au regard perçant comme un scanner...
Une jeune veuve dodue et généreusement décolletée, hilare et chapeautée, pleurniche un peu avant de s'éclater en joyeuse gestualité, en toute impudente coquinerie et
minauderie...
Et la valse des mots pour parler de l'histoire et de ses dérives pleut sous la voilette d'un Hamlet contemporain perdu dans le dédale d'un angoissant hangar abandonné où le procès à toutes les idéologies est dressé sans états d'âme.
C'est le réquisitoire véhément et coléreux contre toutes les guerres subies, toutes les révolutions avortées, toutes les libertés entravées. L'homme est ici en prise avec lui-même et les autres...
Dans ce texte touffu et pas toujours clair, oscillant entre réflexion philosophique et métaphysique (traduction en arabe de Junaid Sarieddine), le metteur en scène Omar Abi Azar a judicieusement opté pour une mise en scène non linéaire, originale et délibérément provocante.
En costumes kitsch et gestuelles expressionnistes outrancières, les acteurs de la troupe Zoukak (Maya Zbib, Lamia Abi Azar, Dania Hammoud et Junaid Sarieddine) s'adonnent à cœur joie à leurs différents travestissements et rôles aisément tronqués à vive allure...
Un morceau d'anthologie, de drôlerie et de cruauté que ce passage final de la scène imitant la grande bouffe. Se gaver jusqu'à l'indigestion mortelle : voilà une image qui ne laisse rien à l'ombre des préoccupations d'une société déplorablement à la merci de la surconsommation...

* Théâtre Tournesol, Tayyouné, ce soir jeudi 1er, vendredi 2, samedi 3 et dimanche 4 octobre, à 20h30. Réservations au 01/381290. Entrée libre.
Une pièce onirique, baroque dans son expressionnisme allemand, virulente jusqu'à la scatologie... Agaçant ou attachant, un opus outrancièrement théâtral, au symbolisme criard, sans nul doute dénonciateur et strident.Sur une scène encombrée, au centre d'un ensemble de costumes comme livrés à des coulisses désordonnées, et de part et d'autre dominée par des sacs plastifiés rangés comme des cadavres inertes et un catafalque orange dressé en armoire, batifolent et chinent cinq acteurs. Au fond de l'aire de la flaque de lumière, un ouvrier sur une machine à coudre alimente l'allée translucide des morts...En silence et dans des gestes simples de s'habiller comme pour affronter la banalité du...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut