Présentés à Téhéran comme une démonstration de force de l'armée iranienne, ces essais, intervenus quelques jours après la révélation de la construction d'un second centre d'enrichissement d'uranium, ont été qualifiés de succès par les gardiens de la révolution, qui ont affirmé que les manœuvres avaient atteint « tous leurs objectifs ». « Les forces armées ont procédé avec succès hier au tir d'un missile Ghadr-1, version améliorée du Shahab-3 d'une capacité de 1 800 km, et d'un missile Sejil à deux étages utilisant du combustible solide », a annoncé le général Salami, cité par la télévision iranienne al-Alam. Le Sejil a une portée de 2 000 km et « des capacités extraordinaires », selon l'ancien ministre de la Défense, Mohammad Ali Najar. Lors de ces exercices entamés dimanche, les gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime, ont également tiré des missiles de moindre portée.
Peu avant les tirs - dont des images ont été retransmises par la chaîne publique en langue anglaise Press-TV -, le commandant des forces aériennes des gardiens, Hossein Salami, a prévenu que Téhéran répondrait à toute menace, notamment contre son programme nucléaire, de manière « directe, ferme et destructrice ».
Israël, qui est distant d'un millier de kilomètres de l'Iran, et les États-Unis n'ont pas exclu l'option militaire face à la menace d'un Iran nucléaire. « Israël est un tigre de papier, et lorsqu'ils disent qu'Israël va attaquer l'Iran, c'est du bluff », a toutefois rétorqué hier le chef d'état-major iranien Hassan Firouzabadi, selon l'agence Mehr. Le chef des gardiens de la révolution, Mohammad Ali Jafari, a affirmé de son côté que ces manœuvres permettraient de faire comprendre aux « ennemis » de la République islamique « la capacité de défense et la puissance » de l'Iran. « Cette capacité n'est pas comparable à celle des années passées », a-t-il assuré.
Réactions internationales
Paris a demandé à Téhéran de « cesser immédiatement » ses « activités profondément déstabilisantes », tandis que Berlin a jugé ces tirs « inquiétants », Moscou appelant l'Iran « à la retenue ». Washington a considéré ces tirs comme des actes de provocation, notant toutefois qu'ils étaient planifiés depuis un certain temps. Le chef de la diplomatie britannique David Miliband a également vu une « provocation » de la part Téhéran, tout en affirmant que « la grande question de la semaine » serait l'attitude de l'Iran à Genève jeudi.
Les six pays (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Russie, Royaume-Uni) qui demandent à l'Iran de conformer son programme nucléaire aux règles sur la non-prolifération auront là les premières négociations avec la République islamique depuis 14 mois. Les Occidentaux accusent Téhéran de chercher à fabriquer l'arme atomique, ce que l'Iran dément. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, a indiqué s'attendre à ce que l'Iran accepte à Genève d'accorder un accès « immédiat et sans restriction » à l'usine d'enrichissement dont l'existence vient d'être révélée près de la ville de Qom. Moscou a invité Téhéran à coopérer « au maximum » avec l'AIEA.
En outre, Washington a menacé à nouveau l'Iran de sanctions renforcées s'il ne lève pas l'inquiétude sur son programme nucléaire, malgré les doutes sur l'efficacité et la faisabilité de cette option. En réaction, l'un des chefs de file de l'opposition iranienne, Mir Hossein Moussavi, s'est déclaré opposé à de nouvelles sanctions internationales.
Téhéran a de son côté exclu tout lien entre l'annonce de l'existence de ce site et ces exercices balistiques, annuels selon le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hassan Ghashghavi. Il a répété que l'usine en construction à Qom n'avait « rien de secret » et qu'elle n'enfreignait « aucune loi internationale ». Téhéran a ainsi assuré que ce site serait placé sous la supervision de l'AIEA, mais celle-ci a indiqué hier qu'aucune date n'avait pour l'heure été fixée pour son inspection.

