Née en 1926, cette artiste libanaise a complété ses études à l'Académie royale à Bruxelles à la fin des années 40 et a travaillé en Italie avant de revenir s'installer au Liban vers la fin des années 1960. « Il serait intéressant que ceux qui connaissent Vera Yéramian ou possèdent l'une de ses toiles se présentent à la galerie, dit Joe Tarrab, car nous préparons une grande rétrospective sur le travail de cette artiste si peu connue et pourtant tellement avant-gardiste. » « Même si ses œuvres ne sont jamais datées, tout ce que nous savons de Vého, poursuit-il, c'est son parcours de jeune étudiante, son retour au Liban où elle a présenté, lors de grandes expositions, ses toiles à la galerie One, tenue alors par Youssef et Helen Khal, et enfin une fin de vie assez triste. »
Et pourtant, cette œuvre nourrie de ce travail intérieur inspire un sentiment de paix et de sérénité inégalables. Serait-ce à cause de ces camaïeux de teintes toujours marron et vert, traversées par des rouges, mais toujours cassées et brisées tout comme l'artiste ? Ou encore de ces plans architecturaux que l'artiste travaille en décalage, de façon à créer des illusions d'optique ? Ou encore de ce blanc qui envahit la toile, susceptible de transformer des silhouettes de danseuses (présentes toujours dans l'œuvre de Yéramian) en structures monumentales et créant ainsi toutes sortes de contrastes ?
Avant-gardiste...
L'univers de Vého est certes particulier. Les meurtrissures de la vie y sont reproduites, souvent en « tremblé » et en direct (dans la toile des perroquets), comme si on assistait à la descente aux limbes de l'artiste en proie à ses cauchemars diurnes. Mais parallèlement à ce pénible parcours, on perçoit à travers ses aquarelles, ses gouaches, huiles et fusains et même dans ses sculptures, formes magmatiques d'une vie, l'élaboration d'un travail avant-gardiste et novateur.
Tant dans l'abstraction des plantes, jusqu'à devenir une structure dépouillée, que dans la géométrisation minimaliste de l'espace, cette génie de la ligne crée des sinuosités, des circonvolutions et des spirales qui, en dépit de leur simplicité, sont le fruit d'une technique bien réfléchie. Et c'est probablement le reflet de cette réflexion qui entraîne le regard dans un monde intérieur, mais également hypnotique. En lignes et arabesques, Vera Yéramian offre à voir une sorte de contraste entre la douceur et la douleur de vivre.


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