Au « Toxic » à Belgrade, plusieurs dizaines de personnes dansent aux derniers rythmes de la musique techno. Les gardes surveillent de près les nouveaux venus pour éviter tout incident, qui ne sont pas rares. Le mois dernier encore, des jeunes gens masqués ont tenté, en vain, de lancer des gaz lacrymogènes à l'intérieur de l'établissement. « La Serbie est encore loin d'accepter les gays », soupire ce conseiller financier de 38 ans, qui ne veut pas révéler son identité, comme la plupart des personnes réunies ce soir-là au « Toxic ». « Je n'ai pas honte de ce que je suis, mais l'environnement dans lequel je vis l'est et répugne à reconnaître mon identité sexuelle », ajoute-t-il. Lorsqu'il fit part de son homosexualité à ses parents, ceux-ci ne lui adressèrent plus la parole pendant plus de deux ans. C'est uniquement lorsque son père tomba sérieusement malade qu'il reprit contact avec lui.
Lara, une enseignante de 27 ans, confie avoir dissimulé son identité si souvent qu'elle ne conçoit pas de l'évoquer en dehors de ses intimes. « Il m'aurait été impossible d'avoir ce travail si je leur avais dit la vérité. Je n'aurais pas pu louer un appartement avec ma compagne si nous n'avions pas menti, en expliquant que nous étions des sœurs. Le tout à l'avenant », explique la jeune femme. « Si vous devez dissimuler chaque jour ce que vous êtes, mentir à tous par crainte des réactions de rejet ou de violence, maîtriser vos émotions à l'égard de votre partenaire dès que vous sortez, votre vie n'a alors plus de sens », commente le militant des droits homosexuels Predrag Azdejkovic.
La plupart des gays et lesbiennes en Serbie ont préféré cacher leur identité sexuelle, dans un pays où les réactions conservatrices sont encore très fortes, en dépit de l'adoption récente d'une loi contre les discriminations. La « Gay Pride » prévue dimanche à Belgrade et les réactions d'hostilité qu'elle suscite illustrent les difficultés pour la communauté homosexuelle serbe à se faire accepter. Ses organisateurs espèrent d'ailleurs que la manifestation permettra d'attirer l'attention sur leur sort. Le défilé a reçu le soutien du ministère serbe pour les Droits de l'homme et les Minorités, et le ministre de l'Intérieur, Ivica Dacic, a promis que tout sera fait pour empêcher des incidents. Il a néanmoins reconnu que la manifestation serait à « hauts risques, comme il n'y en a pas eu depuis longtemps en Serbie », en raison de violences possibles de la part de milieux ultranationalistes ou de supporteurs de fooball. « Nous ne permettrons pas à ce défilé de la honte d'avoir lieu », a déjà averti Mladen Obradovic, du mouvement ultranationaliste « Obraz » (Honneur), connu pour ses coups de mains à l'encontre des milieux libéraux. La première « Gay Pride » s'était achevée en 2001 dans la violence, la police n'étant pas parvenue à protéger les manifestants des assauts de hooligans.
Alors que certains pourraient décider de rester chez eux par crainte des violences, les militants de la cause homosexuelle en Serbie appellent au contraire les gays et lesbiennes à se faire voir et entendre. « Ce moment est décisif pour que la communauté homosexuelle et lesbienne surmonte ses peurs, souligne le militant Boris Milicevic, et que du rôle de victimes, que leur attribue la société, ils deviennent de véritables combattants en faveur de l'égalité des droits pour tous. »


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef