Total est présent en Birmanie depuis 1992 sur le champ gazier de Yadana, dont il possède 31,24 %. Chevron détient pour sa part 28 % des parts de ce champ, qui représente 60 % du volume des exportations de gaz de la Birmanie vers la Thaïlande. Les deux groupes sont régulièrement cités dès lors que sont évoquées des sanctions contre la junte birmane, mais n'ont jamais été sommés par leurs gouvernements respectifs de quitter le pays.
« Le revenu de ce pipeline est ce qui permet au régime de survivre et constitue un point de levier essentiel que la communauté internationale devrait utiliser pour soutenir le peuple de Birmanie », estime Matthew Smith. ERI ne demande pas aux deux sociétés de renoncer à la Birmanie, mais notamment de publier leurs versements au régime birman depuis 1992 et de rétablir la vérité sur les conditions de travail sur le site. Comme d'autres avant elle, l'organisation accuse en effet les forces de sécurité birmanes de violations des droits de l'homme, meurtres et autres recours au travail forcé, estimant que les deux groupes pétroliers mentent sur cet aspect du projet. « Total et Chevron affirment que les abus en lien avec leur projet ont cessé mais c'est tout simplement faux », écrit un autre auteur des rapports, Naing Htoo. ERI épingle l'organisation américaine CDA, spécialisée dans les études d'impact et sollicitée par les deux groupes, jugeant ses conclusions « inexactes et trompeuses » car consécutives à des entretiens avec des villageois « en présence de personnels de Total et des renseignements militaires » birmans.
Total a indiqué hier à l'AFP être « en train de prendre connaissance du rapport ». Chevron a, pour sa part, estimé dans un communiqué que les programmes mis en place par Total sur place avaient permis de « véritables améliorations de la vie » des populations locales, défendant par ailleurs « les méthodes solides » de CDA et son « évaluation crédible » du projet.

