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Culture - Théâtre

Drame existentiel sous influence nô

Une semaine de travail dans un atelier pour acteurs sous la direction de Naohiko Umewaka, maître de théâtre nô. Un résultat plutôt convaincant, avec une quinzaine de comédiens qui font vivre sur les planches du théâtre Gulbenkian (LAU), en langue arabe, un drame existentiel et passionnel, sous influence nô, intitulé « Le restaurant italien », écrit et mis en scène par Umewaka.

Un public mordu de théâtre, englobant professionnels de tous bords et impénitents amateurs de la flaque de lumière, caquetant et impatient, attend plus de vingt-cinq minutes après l'horaire annoncé aux portillons du théâtre Gulbenkian. Irrévérencieuse entorse à la ponctualité pour un théâtre réputé pourtant pour sa tranchante précision, sa discipline de fer et sa préoccupation de la maîtrise du temps...
Dans un espace dépouillé, livré à la pénombre sous un rai de lumière, en préambule, la pièce commence par une chorégraphie de quelques danseurs. Des danseurs aux pas mal assurés, évoluant en chaussettes blanches, vêtus de chemisiers blancs et de pantalons noirs, avec un éventail qui s'ouvrira telle une fleur en fin d'un chant nippon guttural et dur, scandé, psalmodié, modulé dans des intonations à la fois cuivrées et métalliques...
Exit les danseurs aux visages impassibles.
Dans un décor planté en toute simplicité et avec l'emploi minimaliste des couleurs au symbolisme clair, surgissent les tables recouvertes d'un napperon blanc d'un restaurant italien à Kyoto. En coin de l'aire scénique, un lit, autel et foyer où se conjuguent et se jouent toutes les vies...
Une cliente, une serveuse, des bouteilles de vin rouge, deux samouraïs et les dialogues s'enclenchent sur fond de personnages rigides, d'attitudes hiératiques, parfois surréalistes...On ne parle pas ici comme partout dans le monde...Surtout lorsque les samouraïs, comme échappés d'un univers martial d'un autre temps, s'adressent en tons figés, hachés et aboyants, pour se faire servir un menu qui tarde à venir... Surtout avec cet arabe littéraire qui rappelle malheureusement les accents des soap opéras mexicains sur le petit écran... De toute façon, le théâtre arabe cherche toujours sa spécificité et son identité langagières.
Qu'à cela ne tienne, on salue la correcte traduction (Christelle Nassar) d'un texte dense, tendu, poétique, ne dédaignant pas parfois l'humour, à la fois moderne et classique, écrit en langue étrangère par Naohiko Umewaka. On ne s'attarde pas beaucoup sur le synopsis de cette histoire d'amour doublée d'un drame existentiel où l'identité de chacun, pour s'affirmer, doit se confronter à celle des autres...
Histoire d'un homme et d'une femme qui se croisent au hasard d'un restaurant. Autour d'un verre de vin et d'un plat se nouent les destinées et s'éprennent les cœurs...
À travers le symbolisme (notamment cette superbe scène avec les esprits du mal) des couleurs (pureté du blanc, le rouge du sang, le vert de l'espoir), des accessoires (le port d'un masque où ange et démon peuvent cohabiter) la pièce avance, avec une grave et parfois irritante lenteur, comme un puzzle à déconstruire, à reconstruire...
Le personnage central, Mary Miyagi (oui, délibérément un nom de femme), avance tout le long de la pièce à visage couvert d'un masque à rides colériques et menaces démoniaques... Sa bien-aimée, Mitsuko Teshigawara, a beau amadouer ce diable d'homme, le drame (de toute vie contemporaine prise en tenaille dans l'engrenage de la société) est dans le sang... La mort est toujours au bout du rendez-vous !
Ce qui est intéressant dans cette production, c'est la manière qu'ont les acteurs d'évoluer sur scène et d'aborder certains thèmes (culpabilité et chagrin) et certaines situations. De bons moments, tel le portrait (bien sûr théâtralement cela n'a rien d'innovant) de ce garçon de café vantant un menu italien aux accents chantant comme du chianti, ou la surprenante apparition du diable au bout d'une rampe qu'il dévale en miaulant, ou le sommeil éternel du protagoniste à la chemise tachée par un sang giclant du masque sur fond d'une somptueuse musique sacrée occidentale...
Un théâtre qui a du mystère, de l'emphase, de l'humour, qui prend ses distances avec son « dire » et qui, de toute évidence, a une certaine atmosphère particulière. Surtout par cet emploi insoupçonné des techniques d'un art de scène vieux de plus de cinq cents ans...
Un travail d'équipe mené avec passion et sincérité, en moins de huit jours, par un groupe d'acteurs motivés, sous la férule de maître Umewaka qui a sans nul doute un sens aigu du raffinement, des traditions, de la dérision, du cérémonial et du détail.
Même si le geste, la diction et l'expression des acteurs (ne faisant pas encore totalement corps avec l'esprit d'un texte secret et ambitieux) peuvent encore être de meilleur cru, il n'en reste pas moins que Le restaurant italien est une entreprise inédite, remarquablement servie (pour un si court laps de temps) par des amateurs éclairés que bien de professionnels envieraient...
Une semaine de travail dans un atelier pour acteurs sous la direction de Naohiko Umewaka, maître de théâtre nô. Un résultat plutôt convaincant, avec une quinzaine de comédiens qui font vivre sur les planches du théâtre Gulbenkian (LAU), en langue arabe, un drame existentiel et passionnel, sous influence nô, intitulé « Le restaurant italien », écrit et mis en scène par Umewaka. Un public mordu de théâtre, englobant professionnels de tous bords et impénitents amateurs de la flaque de lumière, caquetant et impatient, attend plus de vingt-cinq minutes après l'horaire annoncé aux portillons du théâtre Gulbenkian. Irrévérencieuse entorse à la ponctualité...
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