« Tant que notre système judiciaire commettra des erreurs, dont l'erreur ultime, nous ne pourrons continuer à exécuter des gens », affirme l'association Innocence Project, qui a saisi en 2006 la commission d'éthique texane sur le dossier Willingham. Si l'innocence du défunt doit encore être établie officiellement par cette commission, son cas illustre « le plus grand dilemme de notre pays sur la peine de mort : sommes-nous prêts ou pas à garder ce système en sachant que des innocents vont être déclarés coupables et exécutés ? » explique Rick Halperin, président d'une association texane contre la peine de mort.
En 1992, Todd Willingham avait été condamné par un jury sur la foi d'un rapport d'experts locaux sur les lieux du drame. Il est mort douze ans plus tard en clamant son innocence. Son histoire, détaillée cette semaine dans une longue enquête de l'hebdomadaire New Yorker, contient tous les ingrédients classiques de l'erreur judiciaire : absence de contre-expertise, expert-psychiatre décrivant un « sociopathe très dangereux » sans l'avoir jamais rencontré, témoins modifiant leur témoignage en faveur de l'accusation, avocats incompétents commis d'office. Mais dans un rapport remis en août à la commission d'éthique texane, un spécialiste reconnu des scènes d'incendie conclut, comme deux autres spécialistes l'avaient fait en 2004 et en 2006, à un incendie accidentel. Tous affirment que l'expertise à l'époque « ne repose sur rien d'autre qu'une accumulation de croyances personnelles, qui n'ont rien à voir avec une investigation scientifique des scènes d'incendie ». « Ce rapport est ravageur, le genre de révélation qui devrait bouleverser toute conscience », écrit le New York Times, en écho à des dizaines d'éditoriaux parus depuis les révélations du rapport d'expertise.
La question a une résonance toute particulière au moment où Troy Davis, un Noir condamné pour le meurtre d'un policier blanc, attend son exécution en Géorgie et qui crie son innocence. Après avoir échappé à trois exécutions prévues, il a obtenu en août de la Cour suprême qu'un tribunal examine de nouveaux éléments le disculpant.
Une étude universitaire, portant sur 800 adultes en Californie, montre cette semaine un net infléchissement du soutien à la peine capitale depuis vingt ans (66 % des personnes interrogées aujourd'hui, 79 % en 1989). Quarante-quatre pour cent se disent gênés à l'idée qu'on puisse exécuter un innocent (23 % en 1989).
Mais aussi accablant que soit le cas de Todd Willingham pour les partisans de la peine de mort, les choses pourraient ne pas être si aisées pour les abolitionnistes : dans une récente décision, deux juges de la Cour suprême ont affirmé que l'exécution d'un homme ayant prouvé son innocence restait « valable » dans la mesure où il a bénéficié « d'un procès juste et équitable ».
Lucile MALANDAIN (AFP)

