Pression
L'image fut frappante : à sa descente du car à l'arrivée au Letzigrund de Zurich, quelques heures avant France-Roumanie en ouverture de l'Euro 2008, Benzema avait le visage crispé, prenant alors conscience de sa titularisation en attaque pour ce match-clé. L'image du Benzema rieur et chambreur avec Ribéry sur les terrains d'entraînement de Clairefontaine était bien loin. Le Benzema souverain de la L1 (meilleur buteur de la saison 2007-2008 avec 20 réalisations), celui qui attirait l'œil d'Alex Ferguson avec ses performances en C1, avait laissé place à un jeune joueur tétanisé, qui passa à côté de ce match (0-0), alors qu'il avait fait bonne figure en qualifications.
L'autre image, plus récente, est celle d'Hugo Lloris, impeccable dans les buts de Lyon, en championnat ou en Ligue des champions. À 22 ans, après deux matches amicaux sans histoire, Raymond Domenech l'a titularisé à la place de Steve Mandanda (brillant avec l'OM et décevant avec les Bleus) le 12 août pour son premier match en compétition, aux Féroé. Malgré la faiblesse de l'opposition, Lloris s'est montré étonnamment fébrile, peu rassurant dans ses relances.
Niveau mondial
Il y a un décalage entre l'intensité de la Ligue des champions et celle en qualifications d'une Coupe du monde. C'est ce que martèle Lassana Diarra : « Un match en Lituanie, c'est plus dur qu'un match en Liga. Cela n'a rien à voir. Il faut le vivre pour le croire. C'est plus physique. C'est jouer contre les meilleurs joueurs des pays adverses. Regardez Barcelone, Madrid, il y a de grands joueurs mais on se connaît bien. En sélection, c'est différent, les équipes défendent leurs pays et c'est plus rugueux. »
Pourtant « Lass », comme il est surnommé au Real Madrid, n'a pas à se chercher d'excuses. Le 8 septembre 2007, Domenech l'avait ainsi titularisé à la surprise générale comme arrière droit (alors que son poste est milieu récupérateur) à San Siro contre l'Italie dans un contexte brûlant. Domenech était dans les tribunes, suspendu pour des déclarations polémiques sur un France-Italie en Espoirs, et Lassana Diarra fut conspué pour avoir déclaré deux jours auparavant que les Italiens étaient « un peu réputés » pour faire de la « provocation ». Le joueur étouffa pourtant Del Piero pour un 0-0 précieux.
L'ombre des aînés
Les jeunes Bleus souffrent de la comparaison avec les champions du monde 1998 ou vice-champions du monde 2006. La paire Lassana Diarra-Toulalan est ainsi souvent jugée à l'aune du duo Makelele-Vieira, modèle du genre au Mondial 2006. Lors de sa première comme entraîneur des A, Domenech avait volontairement rajeuni une sélection qui fut accueillie par des « Zizou, Zizou ! » moqueurs le 18 août 2004 pour un France-Bosnie (1-1) en amical. « ZZ » sortit ensuite de sa retraite avant d'y retourner après la finale 2006. Et l'ombre du stratège est toujours là. « Il manque Zizou, avait ainsi lancé Ribéry en plein Euro 2008. Sa présence aurait fait du bien à tout le monde. » Domenech essaye souvent d'épargner tout ça à la jeune génération. Le sélectionneur disait il y a un an : « On ne peut pas leur demander tout d'un coup d'être Zidane ou Maradona à 19 et à 20 ans. »
Mais les icônes ont la vie dure. Aujourd'hui, seul Gallas est incontournable en défense centrale. Ce qui a fait dire à Julien Escudé à propos des défenseurs qui, comme lui, postulent à une place aux côtés du Gunner : « On n'est pas des superhéros, on n'est pas des Lilian Thuram, des Marcel Desailly. On essaie d'être là. »

