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Lifestyle - Rencontre

Ivonne Abdel Baki, l’art de la négociation

Rien n'arrête Ivonne Abdel Baki dans son rêve d'un monde plus juste. La présidente du Parlement andin vient de quitter ce poste qu'elle occupe depuis 2007 pour se consacrer à son nouveau défi : la direction générale de l'Unesco, pour la première fois convoitée par une femme.
Ivonne Abdel Baki est une passionnée qui a tout fait rapidement, et même très tôt, pour pouvoir, dans cette existence qui essaie de la devancer parfois, accomplir le plus de choses et faire avancer le monde politique et économique. Faire se rapprocher les mondes riches et ceux en souffrance, que les premiers servent à combler les manques - immenses - des autres. Le pouvoir, qu'elle séduit à chaque nouvelle échéance, et qui lui va bien lorsqu'il succombe à son charme, elle avoue l'aimer pour pouvoir s'en servir et servir sa cause. Entre deux conversations téléphoniques, autant de rendez-vous pris pour le lendemain et d'autres qui l'attendent une demi-heure plus tard, la belle dame a trouvé le temps d'expliquer, avec un charmant accent venu d'ailleurs, des mains qui rythment ses phrases, sa vision du monde. Et très rapidement, le message arrive. C'est sans doute cela, aussi, l'art de la négociation.

L'art et la négociation
Diplomate, négociatrice, humaniste et également peintre, femme politique et femme du monde, Ivonne Juez, chez nous, on dit Khoueiss, est née à Guayaquil, en Équateur, de parents libanais.  Encore jeune adolescente, elle vient découvrir la terre de ses ancêtres, tombe sous son charme et celui d'un jeune homme, Sami Abdel Baki, croisé accidentellement, c'est le cas de le dire. La jeune fille conduit - mal - sa première voiture, mais se conduit si bien que le clash, surtout émotionnel, va les conduire au mariage. Trois enfants naîtront, également très vite, fruit d'un mélange réussi de cultures, d'où les prénoms, Mohammad Manolo, Fayçal Alessandro et Tatiana. Dans cette deuxième page de sa vie qu'elle va écrire sous les bombes d'un Liban déchiré, Ivonne finit ses études en histoire et peinture. Elle organise des expositions où ses œuvres figuratives dénoncent à leur façon une violence qui va certainement la marquer, plus tard, dans sa carrière diplomatique. « J'ai connu la souffrance de tout un peuple, les destructions, les déchirements, et ça ne s'oublie pas », dira-t-elle. Fin des années 80, la famille s'embarque pour les États-Unis. Les enfants sont à Harvard en même temps que leur maman, qui y est artiste résidente. Durant ces années très enrichissantes, elle fonde l'association Art pour la paix, obtient un master en politique publique et en administration publique à l'école John F. Kennedy de Harvard et apprend l'art de la négociation sous l'égide du professeur Roger Fisher. Pour ses « travaux pratiques »,  elle devient membre du conseil d'administration du Conflict Management Group et participe activement aux pourparlers pour la résolution des conflits dans le monde de 1995 à 1999. « Je négocie toujours émotionnellement », confie-t-elle.  En 1998, elle est la première femme nommée ambassadrice de l'Équateur à Washington. « J'ai quitté ce poste en 2002 pour présenter ma candidature à la présidence en Équateur. J'avais quitté  le pays à 15 ans, j'y revenais tant d'année plus tard, un peu étrangère. C'était peut-être un peu tôt. » Elle ne gagnera pas les élections, mais le président lui demande d'être ministre du Commerce extérieur, de l'Industrialisation, de l'Intégration, de la Pêche et de la Compétitivité. En acceptant, elle est, là encore, la première femme à occuper ce poste. « La politique m'intéresse, mais pas les politiciens. Ils oublient tous qu'ils ont été élus pour une fonction déterminée, et ne pensent qu'au pouvoir. J'aime le pouvoir, mais uniquement pour accomplir des choses. Il ne m'est jamais monté à la tête. » Élue en 2007 au poste de présidente au Parlement andin par vote unanime de la Bolivie, du Chili, de la Colombie, de l'Équateur et du Pérou, elle use de son charme et de son art de négocier pour faire avancer les choses et faire « tomber les armes », celles des négociateurs, dans un premier temps. La direction générale de l'Unesco, son nouveau défi, lui paraît une suite logique où elle pourra, pour 4 ans ou plus, dépoussiérer l'organisation et lui donner les moyens techniques d'agir, dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la pauvreté et de la culture.

Des changements nécessaires
« Le monde a oublié ce qu'était l'Unesco, dans quel but il a été créé. L'organisation doit à nouveau s'intéresser aux problèmes qui touchent le monde, la misère, la maladie, la prévention, et communiquer. Sortir de la théorie et faire du terrain », précise la candidate, passionnée par ce nouveau challenge et convaincue de ses chances et de ses capacités.  « Le candidat doit être un outsider qui possède la vision de changement d'un Obama. Un discours ouvert sur le dialogue et l'entente entre les cultures et les nations. C'est plus difficile, de nos jours, de trouver des moyens de ne pas faire la guerre. » Parmi 4 autres candidates, la possibilité de voir une femme diriger, enfin, l'Unesco est un signe de nouvelle jeunesse. Possédant plusieurs langues, mais surtout plusieurs cultures, comprenant mieux les différences et les problèmes des pays d'Amérique latine et du Moyen-Orient, Ivonne Abdel Baki avoue : « Je suis à la fois optimiste et pragmatique. Je sais que rien n'est impossible. Si ça ne marche pas ? On verra bien, je ne pense jamais qu'à l'instant. »
Si elle n'obtient pas la présidence de l'Unesco, la candidate ira user de son charme négociateur ailleurs. « Les problèmes de ce monde sont trop nombreux, il reste tant à faire... »
Ivonne Abdel Baki est une passionnée qui a tout fait rapidement, et même très tôt, pour pouvoir, dans cette existence qui essaie de la devancer parfois, accomplir le plus de choses et faire avancer le monde politique et économique. Faire se rapprocher les mondes riches et ceux en souffrance, que les premiers servent à combler les manques - immenses - des autres. Le pouvoir, qu'elle séduit à chaque nouvelle échéance, et qui lui va bien lorsqu'il succombe à son charme, elle avoue l'aimer pour pouvoir s'en servir et servir sa cause. Entre deux conversations téléphoniques, autant de rendez-vous pris pour le lendemain et d'autres qui l'attendent une demi-heure plus tard, la belle dame a trouvé le temps d'expliquer, avec un charmant accent venu...
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