Déjà majoritaire au Sénat, grâce à l'apport de deux autres partis d'opposition, le PDJ va désormais avoir un contrôle absolu sur le Parlement et la voie libre pour mener son programme ambitieux de réformes. Après avoir remercié les électeurs pour leur soutien, M. Hatoyama, souriant, a déclaré que le « principal défi sera de faire de cette victoire celle du peuple, sans être arrogant ».
En votant pour le changement, les Japonais ont voulu également sanctionner les excès de la politique libérale menée par le PLD au cours des dernières années, responsable selon eux de l'aggravation des disparités sociales, du chômage et de la précarité. Le PDJ s'est engagé à mener une politique « au service de la vie des gens », basée sur un programme généreux d'allocations pour les retraités, les familles et les plus démunis. Partisan de la relance économique par la consommation, il a promis également la gratuité partielle de l'éducation, une prime à la naissance et la suppression des péages sur les autoroutes.
Au plan diplomatique, M. Hatoyama, riche héritier d'une longue dynastie d'hommes politiques souvent comparée aux Kennedy, est partisan d'un Japon plus indépendant à l'égard des États-Unis et davantage tourné vers l'Asie, sans toutefois remettre en cause l'alliance stratégique avec son allié américain.
L'annonce de la victoire de l'opposition a été accueillie par une explosion de joie et un tonnerre d'applaudissements au quartier général électoral du PDJ, dans le quartier branché de Roppongi à Tokyo. Mais M. Hatoyama est bien conscient qu'une fois l'excitation retombée, les choses sérieuses vont commencer pour son jeune parti qui n'a jamais encore gouverné. « Une lourde responsabilité » attend le parti, a-t-il reconnu.
Le PDJ devrait nommer dès aujourd'hui une équipe restreinte qui sera chargée d'assurer une transition en douceur avec l'administration sortante, sur le modèle de ce qui se pratique aux États-Unis. Histoire aussi de se roder à ses nouvelles responsabilités.
Le PLD, artisan du « miracle économique » qui a fait du Japon la deuxième puissance économique du monde, se retrouve relégué dans l'opposition pour la deuxième fois de sa longue histoire à la tête du Japon. En 1993-94, il avait dû céder le pouvoir à une coalition hétéroclite qui n'avait duré que dix mois. Aujourd'hui, il a face à lui un vrai grand parti d'opposition, maître du Parlement, qui va tout faire pour durer. Sa traversée du désert sera certainement mise à profit pour refonder le parti.

