Les équipes de campagne de M. Karzaï et de son ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah se disent, depuis le lendemain du scrutin, en tête de la seconde présidentielle de l'histoire de l'Afghanistan, disant se fonder sur des informations de leurs observateurs sur le terrain. Depuis se joue une guerre des nerfs : M. Abdullah a accusé l'équipe Karzaï de fraudes massives, et le président fait le dos rond en prônant « la paix et l'unité » dans des dîners officiels. Nombre de regards sont tournés vers Abdullah, installé dans une position de sérieux challenger après une campagne dynamique, avec deux scénarii possibles. En cas de victoire de Karzaï au premier tour, avec un score honorable d'Abdullah, ce dernier s'intallerait comme le principal opposant au président, serait très courtisé et en bonne position pour la prochaine présidentielle.
L'autre hypothèse est un second tour entre les deux hommes avec, selon plusieurs sources diplomatiques et experts, le risque d'une défaite plus cuisante pour Abdullah, qui pourrait donc ne pas vouloir prendre ce risque. Les accusations de fraudes massives, la participation moyenne, voire faible, et le manque d'observateurs dans certaines régions font douter de la crédibilité du scrutin, et renforcent selon certaines sources l'hypothèse d'un règlement à l'amiable. « Les deux hommes sont à la recherche d'un gentleman's agreement », note ainsi un diplomate occidental. Officiellement, les deux camps nient toutes négociations. Mais en coulisses, « les tractations vont bon train pour qu'Abdullah accepte une défaite au premier tour », explique un diplomate occidental, selon qui son acceptation « peut dépendre de ce qu'il obtient en échange ». Les Occidentaux poussent depuis plusieurs mois le gouvernement afghan à créer un poste de Premier ministre. Au printemps, M. Abdullah avait affirmé à l'AFP que M. Karzaï lui avait proposé ce poste s'il acceptait de se retirer du scrutin. « Les premiers résultats (partiels) communiqués par l'IEC mardi pourraient refléter le résultat de ces tractations », estime le diplomate.
Mais la Commission n'a rien annoncé pour l'instant, pas même le taux de participation, que nombre d'observateurs prévoient sous les 50 %, voire bien plus bas. Pour Haroun Mir, chercheur au Centre afghan de recherche et d'études politiques, si la participation est inférieure à 40 %, « ce sera très difficile pour le nouveau gouvernement d'être crédible ».


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