Rechercher
Rechercher

Liban - Éclairage

Les prosyriens projettent un maelström politique pour décrocher la timbale

Avec le retour de Saad Hariri, le processus ministériel reprend son cours. Et n'était l'obstacle Aoun, l'épilogue serait tout proche. Car, selon des loyalistes informés, le Premier ministre désigné aurait déjà en poche le brouillon de la liste des membres de son cabinet potentiel et des portefeuilles devant leur revenir. Il doit la soumettre dans les prochaines heures au chef de l'État. Mais aussi en discuter avec les parties concernées. Ce qui lui permettra de voir dans quelle mesure elles sont sincères quand elles affirment qu'elles souhaitent lui faciliter la tâche et soutenir le régime. Ce qui lui permettra également d'apporter quelques retouches à son projet, si nécessaire.
Mais les surenchères de Michel Aoun maintiennent un climat général délétère. Au point que la situation se met à ressembler furieusement à celle qui prévalait à la veille du 7 mai de sinistre mémoire. Selon ces sources informées, le Premier ministre désigné, entendant les vitupérations du général, s'est mis à se demander s'il n'y a pas, derrière cette charge, une grosse embrouille politique, peut-être même une tempête, qui se préparerait au-dehors.
On sait en effet que le chef du CPL exige l'Intérieur, un gros morceau qui a de tout temps intéressé, captivé même, l'étranger, par le contrôle du terrain et des renseignements qu'il permet. Michel Aoun est soutenu par les cadres du Hezbollah, qui invitent Saad Hariri à traiter avec lui d'une manière positive. Mais le Premier ministre désigné juge la demande abusive. Car la formule 15-10-5 prévoit, dans l'esprit de Doha, que les deux portefeuilles souverainistes relatifs au terrain, à la sécurité nationale, la Défense et l'Intérieur, doivent rester l'apanage du chef de l'État, gardien et garant de la paix civile comme de la stabilité du pays. L'arrangement de base n'accorde à la minorité qu'un portefeuille souverainiste, les Affaires étrangères, et à la majorité un seul également, les Finances.

Gel
Dès lors, l'acharnement des prosyriens à bouleverser les règles du jeu pousse la majorité, mais aussi nombre d'indépendants et de centristes prorégime, à penser qu'ils ont reçu un mot d'ordre de tout bloquer. En attendant le mystérieux happening, peut-être bien un coup de tonnerre politique, en voie de préparation, ailleurs. Il s'agirait, subodorent ces cadres, de contraindre Hariri à n'accéder au Sérail que fortement affaibli. Sinon à le pousser à se désister.
Un plan qui s'appuie sur une psychose unanime : la réédition du 7 mai. Personne, absolument personne n'en veut, avouent les loyalistes. Qui par là-même indiquent, ou confirment plutôt, qu'ils sont bien disposés à ne pas riposter par la réciproque aux insultes dont certains prosyriens les abreuvent abondamment, pour ne pas envenimer les choses. Mais, à les en croire, leur flegme ne signifie pas qu'ils vont céder au chantage, car ils ont déjà fait leur plein de concessions. Ils rappellent que c'est déjà un cadeau énorme à l'opposition que d'accepter de nouveau un cabinet de coalition, malgré les résultats probants des législatives. Ils soulignent en outre que, de l'aveu du Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, l'accord de Doha est maintenant caduc. Sauf pour ce qui est des dispositions appelant à l'entente, à l'apaisement et au rejet de tout recours à la rue ou aux armes. À ce propos même, ces sources relèvent que la violence politique, la contrainte et le chantage doivent être également prohibés. Ils précisent qu'à leur avis, le forcing de Aoun a pour but de remettre en selle le tiers de blocage, à travers la formule 16-11-3. En répétant qu'il est hors de question de l'adopter.
À noter cependant que, selon certains observateurs, l'événement extérieur pourrait être, en réalité, positif et non explosif. Ils y voient des indices dans le mouvement que les Saoudiens opèrent, à propos du dossier libanais, en direction de Damas.

Reproches
Du côté de l'opposition, on continue à critiquer l'approche ministérielle de Saad Hariri. On affirme qu'il opère trop lentement et on lui reproche de n'avoir encore proposé aucune liste, n'a discuté avec le président Sleiman d'aucune formule. Dès lors, déclarent les opposants, il n'est pas étonnant qu'on ne sache pas exactement où se situent les obstacles, puisqu'on n'a encore ni une idée des noms ni de ce que chacun pourrait avoir comme portefeuille. Le député Alain Aoun confirme ainsi que le CPL attend les propositions du Premier ministre. Peut-être, dit le député, que nous les accepterions telles quelles, et peut-être que nous voudrions en discuter, à la lumière des demandes et des positions que nous lui avons déjà communiquées.

Baabda
De son côté, le président Michel Sleiman reçoit régulièrement des messages de soutien extérieurs. Les capitales soulignent la nécessité d'accélérer la formation du gouvernement, pour couper l'herbe sous le pied des forces qui tenteraient d'exploiter le vide institutionnel afin de nuire au Liban. Ou pour exploiter la carte libanaise dans les luttes d'intérêts régionalo-internationales. Il s'agit de prévenir, en même temps, une dégradation sécuritaire due aux tensions politiques et qui aggraverait la crise économique, alors que le pays a bénéficié depuis l'avènement de Michel Sleiman d'une stabilité qui a favorisé, en même temps que les mesures prises par le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, un afflux d'investisseurs et de capitaux.
Des députés rappellent les points importants marqués pour le Liban par le président Sleiman à travers ses multiples voyages à l'étranger. Il a pu ainsi redonner au pays sa place sur la mappemonde diplomatique, tout en faisant la promotion de l'État en tant que tel, puisque c'est à travers la présidence de la République, et non plus à travers le secteur privé, que les gouvernements traitent désormais avec le Liban. Alors qu'auparavant, la présidence de la République libanaise était boudée à l'étranger. De plus, grâce au président Sleiman et à ses prises de position indépendantes, le Liban compte de nouveau, et se trouve à nouveau consulté par les Arabes comme par les autres, sur le plan régional. Le président, poursuivent ces députés, a conforté son aura et son autorité à travers les discours-jalons qu'il a pu prononcer, notamment à Jbeil ou lors de la fête de l'Armée. Il a appelé à des réformes, à la modernisation des lois, il a relevé les failles à corriger, notamment pour qu'il y ait des organismes de contrôle plus pointus ou encore d'arbitrage.
Pour la phase présente, ces sources indiquent que le chef de l'État fait de son mieux pour aider le Premier ministre désigné et pour alléger les pressions que Saad Hariri subit. Elles ajoutent que certaines parties de l'opposition posent des entraves, en proposant des équations inédites, afin de placer le Premier ministre en mauvaise posture. Le président de la République, qui craint qu'un vide prolongé ne déstabilise le pays, apporte certes son meilleur concours au Premier ministre désigné, mais en même temps, il se soucie de préserver les équilibre de base. C'est-à-dire qu'il veille, dans son action, à ne jamais déborder sur les prérogatives du Premier ministre désigné.
Avec le retour de Saad Hariri, le processus ministériel reprend son cours. Et n'était l'obstacle Aoun, l'épilogue serait tout proche. Car, selon des loyalistes informés, le Premier ministre désigné aurait déjà en poche le brouillon de la liste des membres de son cabinet potentiel et des portefeuilles devant leur revenir. Il doit la soumettre dans les prochaines heures au chef de l'État. Mais aussi en discuter avec les parties concernées. Ce qui lui permettra de voir dans quelle mesure elles sont sincères quand elles affirment qu'elles souhaitent lui faciliter la tâche et soutenir le régime. Ce qui lui permettra également d'apporter quelques retouches à son projet, si nécessaire.Mais les surenchères de Michel Aoun...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut