Le rôle de la Syrie, principal allié arabe de l'Iran, avait été singularisé une première fois par l'Élysée, lors de la remise en liberté le 11 août de Nazak Afshar, employée franco-iranienne de l'ambassade de France à Téhéran. Il l'a été de nouveau dimanche lors de la libération, également sous caution, de l'étudiante française Clotilde Reiss. La France a accepté de payer une caution et que la jeune universitaire de 24 ans soit « hébergée » à l'ambassade de France à Téhéran, le temps que la justice iranienne se prononce sur les accusations qui pèsent contre elle. Le procureur de Téhéran Saïd Mortazavi, cité par l'agence Mehr, a indiqué hier que « Clotilde Reiss a été libérée après le dépôt d'une caution de 300 millions de tomans », soit environ 300 000 dollars.
Ces dernières tractations ont donné lieu à des contacts directs entre Nicolas Sarkozy et Bachar el-Assad, a confirmé Paris.
Selon Dominique Moïsi, de l'Institut français de relations internationales (IFRI), c'est « la rencontre de deux politiques qui ont besoin l'une de l'autre ».
La Syrie veut sortir de l'isolement dans lequel sa proximité avec l'Iran la maintient. La France montre à ses alliés, américain et européens, que la carte syrienne, qui constitue « la petite différence » de la diplomatie française dans la région, vaut la peine d'être jouée, même si elle a été durement critiquée.
Paris espère convaincre, observe-t-il, que cette carte « peut jouer demain sur d'autres sujets plus importants » (conflit israélo-palestinien, Liban, dossier nucléaire iranien).
Selon Karim Pakzad, expert de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), la France « se justifie » en louant cette intervention syrienne sur un dossier relativement « facile », censé montrer que sa politique à l'égard de Damas est payante. La Syrie a choisi « l'ouverture », consciente qu'elle ne peut se contenter de son alliance avec l'Iran si elle veut avoir son mot à dire au Proche-Orient, explique-t-il.
La réconciliation avait sonné le 14 juillet 2008 quand, rompant avec la politique de son prédécesseur Jacques Chirac outré des manœuvres de déstabilisation syriennes au Liban, Nicolas Sarkozy avait reçu Bachar el-Assad avec les honneurs à Paris à l'occasion d'un sommet consacré au lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM). Dans une interview en juillet dernier, Nicolas Sarkozy rendait explicitement hommage à son homologue syrien pour avoir « tenu ses engagements » à son égard en ne mettant aucun obstacle à la stabilisation du Liban.
Le même mois, Claude Guéant, principal collaborateur de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte, son conseiller diplomatique, et le chef de la diplomatie Bernard Kouchner faisaient le voyage de Damas.
Avec l'affaire Reiss, la Syrie démontre, selon Dominique Moïsi, « qu'elle est efficace, qu'elle est encore écoutée et que Paris a eu tout à fait raison de sortir de la politique de Jacques Chirac ».
Pour Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes, Damas a « renvoyé l'ascenseur » du 14 juillet 2008. La Syrie a aussi calculé, selon lui, que sa démarche réussie auprès du régime de Téhéran pouvait servir de « rampe » d'accès vers l'Union européenne, pour l'amener à signer un accord d'association dont Damas a cruellement besoin sur le plan économique.
Antoine Basbous croit volontiers à la thèse selon laquelle une visite du président syrien à Téhéran pour féliciter son homologue Mahmoud Ahmadinejad de sa récente réélection pourrait avoir été reportée afin de lui permettre de ramener la jeune Française à Damas dans son avion, ce qui serait une « réhabilitation par l'image » » très efficace.
Si la France « tente de détacher la Syrie de l'Iran », avertit cependant l'expert, une telle stratégie est vouée à l'échec, car « les Syriens veulent garder des œufs dans tous les paniers ».


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