Les experts soulignent toutefois que ces technologies soulèvent de nombreuses questions d'ordre éthique, et que les responsables politiques et militaires doivent encore en mesurer pleinement les implications. L'armée voit d'un bon œil le recours à des outils épargnant aux soldats les tâches « monotones, sales et dangereuses ». « Pouvoir mener des opérations avec un moindre coût humain semble extrêmement sensé. C'est formidable, on sauve des vies », relève Peter Singer, auteur de Wired for War. « D'un autre côté, cela risque de vous rendre plus hardi sur l'usage de la force », dit-il. La possibilité d'une opération militaire « sans douleur » soulève « une question d'ordre plus général ». « Est-ce que cela rend l'entrée en guerre trop facile, que ce soit ici ou partout ailleurs ? » renchérit l'ancien secrétaire adjoint à la Défense Lawrence Kobb.
Les responsables américains assurent qu'un être humain aura toujours son mot à dire quand il s'agira d'ouvrir le feu, mais les experts soulignent que superviser des engins pourrait devenir de plus en plus compliqué à mesure que la technologie progresse. Les futures armes robotiques « seront trop rapides, trop petites, trop nombreuses et créeront un environnement trop complexe pour qu'un humain les dirige », affirme ainsi l'ancien colonel Thomas Adams, cité dans Wired for War. Selon Peter Singer, l'histoire a en outre montré que les humains placent parfois une plus grande confiance en la machine qu'en leur propre jugement. Il a cité le cas d'un avion iranien abattu par erreur au-dessus du golfe Persique en 1988 avec 290 personnes à bord par des missiles tirés d'un navire de guerre américain. Les ordinateurs avaient identifié l'avion comme « ennemi », alors que les officiers à bord disposaient de données indiquant qu'il s'agissait d'un vol civil. L'armée réfléchit encore à la façon dont les robots doivent être conçus et utilisés pour être conformes aux « lois de la guerre », explique Ellen Purdy, l'une des responsables de la robotique au Pentagone. « Personne n'a répondu à cette question », dit-elle.
Alors que des dizaines de pays se lancent dans la course aux armements robotiques, les défenseurs des droits de l'homme prennent conscience des enjeux. Ils sont particulièrement inquiets à l'idée d'armes capables de prendre l'initiative de tirer sans intervention humaine. Si une telle machine commettait un crime de guerre, « qui serait responsable ? » s'interroge Marc Garlasco, conseiller militaire auprès de Human Rights Watch. « Est-ce le concepteur du système d'armement ? Est-ce le fabricant du logiciel ? Est-ce l'entreprise qui a fabriqué l'arme ? Est-ce l'autorité militaire qui a décidé d'utiliser l'arme ? » dit-il, ajoutant : « Personne ne s'est vraiment occupé de cela parce que, heureusement, nous n'en sommes pas encore là. »
Dan DE LUCE (AFP)

